Il arrive souvent qu’entre un client et son coach des transferts aient lieu à leur insu. Ce phénomène bien connu en psychanalyse, mais aussi en coaching, peut profondément influencer la relation d’accompagnement. Dans cet article, je vais mettre en parallèle deux séances :

Nous verrons les échos entre les deux rencontres, et les déductions que pourra en faire le coach pour préparer sa prochaine séance avec son client, suite à sa supervision.

Partie 1 – La séance de coaching

Il est 9h. Marc, coach professionnel depuis cinq ans, reçoit Sophie, 38 ans, directrice marketing d’une grande entreprise de cosmétique. Sophie est en surcharge depuis plusieurs mois. Sa demande semble claire : « Je veux réussir à dire non, poser mes limites. »

Mais dès les premières minutes, Marc perçoit quelque chose qui le déstabilise. Sophie parle vite, très vite. Elle s’éparpille, raconte, s’excuse, repart sur autre chose. Il sent une urgence, une détresse… et une familiarité. Elle lui rappelle sa sœur cadette, en plein burn-out deux ans plus tôt.

Marc se surprend à ressentir une empathie intense, trop intense. Il a envie de la prendre par la main, de lui dire quoi faire, de l’aider vite. Et en même temps, un agacement latent : pourquoi ne pose-t-elle pas déjà ses limites ? Pourquoi reste-t-elle dans cette spirale ? Il ressent un tiraillement entre « sauver Sophie » et la juger silencieusement.

Le dialogue s’installe, mais la posture de Marc est contaminée. Il reformule, mais oriente. Il pose des questions ouvertes, mais injecte des suggestions déguisées : « Et si vous disiez simplement non, qu’est-ce qui se passerait ? » Sophie, confuse, dit : « Je ne sais pas… Vous croyez que je devrais ? »

Un dialogue se met en place, mais pas un vrai coaching : un mélange de conseil voilé, de compassion débordante, et d’impatience frustrée. La séance se termine sur une fausse clarté. Sophie repart avec une “to-do list” de micro-changements… mais peu de conscience nouvelle.

Marc, de son côté, se sent vidé. Il a été aspiré. Il n’a pas « tenu sa place », et il le sait. Il ressent une forme de honte. Il pense même : « Je n’ai pas été bon aujourd’hui. »

Partie 2 – La séance de supervision

Trois jours plus tard, Marc retrouve son superviseur, Claire. Une femme posée, expérimentée, dotée d’une capacité rare à faire surgir l’essentiel en douceur.

Marc commence par raconter la séance avec Sophie. Il décrit sa difficulté à garder la bonne distance, son agacement, son envie d’aider, son sentiment d’échec.

Claire l’écoute, puis lui demande doucement :
« Et quand vous me parlez de Sophie, là… vous avez le même débit qu’elle. Que se passe-t-il ? »

Marc marque un temps d’arrêt. Il réalise qu’il est à nouveau pris dans la même spirale. Il s’excuse, rit nerveusement. Claire lui sourit :
« Pas besoin de s’excuser. On va simplement observer ce qui se rejoue ici. »

Et peu à peu, ils explorent ensemble. Claire propose une lecture systémique : « Vous avez voulu sauver Sophie, comme vous avez voulu sauver votre sœur. Mais en faisant cela, vous l’avez empêchée d’être responsable. »

Marc se fige. Le lien est là, évident. En superposant les dynamiques, Claire modélise : elle lui montre comment, en supervision, elle ne le “sauve” pas, mais lui permet d’observer, de ressentir, de prendre conscience. Et comment lui aussi pourrait adopter cette posture avec Sophie.

Claire continue :
« Et si la vraie question, ce n’était pas “comment l’aider”, mais “pourquoi ai-je tant besoin qu’elle aille mieux ?” »

Marc se reconnecte à une émotion plus ancienne, plus profonde. Il voit combien ce besoin de sauver les autres lui permet d’éviter une culpabilité plus archaïque : celle de ne pas avoir su protéger sa sœur.

Claire lui fait remarquer qu’il rejoue aussi avec elle une attente implicite : qu’elle le valide ou qu’elle le juge. En miroir de ce qu’il ressentait face à Sophie.

En nommant ces mouvements, Claire désactive le piège. Elle recentre Marc sur sa responsabilité d’être coach, pas sauveur, pas juge, pas proche. Juste un professionnel conscient de ses mouvements internes.

Partie 3 – Analyse systémique et bénéfices

L’exploration menée par Claire est un modèle d’approche systémique. Elle ne s’est pas focalisée uniquement sur les faits de la séance, mais sur ce qui s’est rejoué dans la relation ici et maintenant, entre elle et Marc. C’est cela qui a permis à Marc de prendre conscience de la profondeur des transferts à l’œuvre.

1. Échos systémiques :
La dynamique du coaching et celle de la supervision ne sont pas simplement analogues. Elles sont liées. Ce que le coach vit avec son client, il le transpose inconsciemment avec son superviseur — parfois de manière caricaturale. En travaillant là où cela se manifeste, le superviseur agit comme un miroir et un révélateur.

2. Tour de main du superviseur :
Claire n’a ni conseillé ni corrigé. Elle a modélisé par sa posture : écoute, observation des processus, exploration des résonances. Elle a su créer un espace où Marc pouvait expérimenter ce qu’il aurait pu offrir à Sophie : un cadre contenant, sans jugement, sans sauvetage.

3. Bénéfices concrets pour le coach :
Marc ressort transformé. Il comprend son propre fonctionnement émotionnel. Il peut retourner voir Sophie avec une posture clarifiée. Il pourra peut-être, à la prochaine séance, lui dire : « J’ai réalisé que je voulais trop vous aider, et cela m’a éloigné de ce que vous, vous aviez besoin d’explorer. »

4. Et pour le coaché ?
Ce retour du coach à sa juste place permettra à Sophie de reprendre, elle aussi, la sienne. Moins infantilisée, plus responsable. La transformation du coach rejaillit inévitablement sur le coaché.

Pour une pratique du coaching profondément consciente

Ce type de supervision, centrée sur les dynamiques systémiques et relationnelles, permet au coach de s’élever dans sa pratique. Non en devenant “meilleur” techniquement, mais en devenant plus présent, plus lucide sur ses angles morts, plus capable de naviguer les eaux troubles des transferts et contre-transferts.

En supervision systémique, on ne résout pas simplement des cas. On éclaire les jeux relationnels, on travaille dans la relation vivante, ici et maintenant. C’est un laboratoire d’ajustement fin, au service du client final… mais aussi du développement profond du coach.

Vous vous reconnaissez dans ces dynamiques ?

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Comment mettre à jour les transferts ?

Dans le cas de ce coaching, le coach ressent une forte projection ou un transfert/contre-transfert avec le coaché. Il a du mal à garder la distance nécessaire, ses propres émotions (agacement, empathie excessive, désir de sauver le coaché) viennent parasiter la relation.

C’est une situation très délicate et exigeante pour un coach, mais aussi une occasion précieuse d’approfondir sa propre connaissance de soi et sa pratique ! Le fait même de reconnaître ces phénomènes (projection, transfert, contre-transfert) est déjà un signe de grande maturité professionnelle. Gérer ces dynamiques est essentiel pour maintenir l’intégrité du processus de coaching et ne pas nuire au coaché.

Voici ce qu’un coach peut faire face à ces ressentis :

1. Auto-observation et Reconnaissance

La première étape est de prendre conscience de ce qui se passe.

2. Supervision et Intervision (Impératif !)

C’est LA ressource la plus importante.

3. Gestion de Soi Pendant la Séance

Bien que la résolution se fasse en dehors de la séance, quelques stratégies peuvent aider en direct.

4. Travail Personnel Continu

Le coaching est un métier qui demande un développement personnel constant.

5. Poser des Limites Claires (si nécessaire)

Dans des cas extrêmes où la dynamique devient trop toxique ou où le coach ne parvient pas à retrouver une posture juste :

En conclusion, ressentir des projections ou des transferts est humain et fréquent. Ce qui distingue un coach professionnel est sa capacité à reconnaître ces phénomènes, à ne pas les laisser impacter la relation de coaching, et à utiliser les ressources à sa disposition (principalement la supervision) pour les comprendre et les gérer de manière éthique et efficace. C’est une preuve d’humilité et de professionnalisme.

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Paul Devaux

Coach professionnel

Depuis 25 ans, Paul pratique le Coaching professionnel en entreprise, dans une approche systémique. Accrédité à la Société Française de Coaching en 2008, il est également formateur et superviseur de Coachs depuis 2010. Egalement fondateur d'une école de coaching (voir NRGY-trainig.fr).

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