- Avez-vous déjà imaginé qu’en tant que coach, vous pourriez vous retrouver face à un coaché dont l’objectif n’est pas le développement personnel, mais de vous instrumentaliser ?
- Comment un coach peut-il naviguer entre la bienveillance nécessaire à son rôle et la lucidité professionnelle indispensable face à des tentatives de séduction ou d’instrumentalisation ?
- Quels sont les signaux qui doivent alerter un coach lorsqu’une relation de coaching dévie vers des dynamiques de pouvoir et de contrôle plutôt que de soutien et de croissance ?
Des phénomènes inconscients peuvent influencer la dynamique relationnelle et l’efficacité de l’accompagnement. Vous allez observer le parallèle entre deux séances :
- une séance de coaching avec le client
- puis la séance du coach avec son superviseur
Ensuite seront expliqués les échos entre les deux séances, ainsi que les déductions que pourra en faire le coach pour préparer sa prochaine séance de coaching avec son client suite à cette supervision.
La séance de coaching : quand la séduction masque la manipulation
Le contexte
Marie, directrice des ressources humaines dans une entreprise de 200 salariés, consulte Thomas, coach professionnel expérimenté, pour ce qu’elle présente comme un « besoin d’accompagnement sur son leadership ». Dès les premiers échanges, Thomas ressent une certaine ambiguïté dans la relation qui s’installe.
L’ouverture séductrice
La séance débute par des compliments appuyés de Marie envers Thomas : « On m’a dit tellement de bien de vous, vous avez une réputation exceptionnelle dans le milieu », accompagnés d’un sourire charmeur et d’une posture légèrement penchée vers lui. Elle évoque ses « défis complexes » nécessitant « quelqu’un de votre calibre ». Thomas note intérieurement cette entrée en matière flatteuse, mais reste centré sur sa posture professionnelle.
La tentative de triangulation
Rapidement, Marie oriente la conversation vers ses « difficultés relationnelles » avec Paul, son adjoint. Elle dépeint un tableau sombre : « Paul sabote systématiquement mes initiatives, il monte les équipes contre moi ». Les détails fusent, précis, accablants. Marie observe attentivement les réactions de Thomas, guettant ses hochements de tête, ses mimiques d’approbation.
« Vous qui connaissez bien ce milieu, vous devez savoir que certaines personnes sont toxiques dans une organisation », glisse-t-elle habilement, tentant d’obtenir une validation de sa vision des choses. Thomas ressent une pression subtile mais réelle : Marie semble attendre de lui qu’il prenne parti, qu’il confirme ses perceptions.
L’évitement sophistiqué
Lorsque Thomas tente de recentrer l’échange sur les propres comportements de Marie et ses marges de manœuvre, celle-ci déploie une stratégie d’évitement raffinée. Elle monopolise la parole, enchaîne les anecdotes détaillées sur Paul, puis pivote vers des questions personnelles sur Thomas : « Comment faites-vous pour garder cette sérénité face à de telles situations ? Vous devez avoir une expérience riche… »
Cette tactique de détournement fonctionne partiellement. Thomas se retrouve à parler de ses propres expériences, perdant momentanément le fil de l’accompagnement. Il réalise qu’il vient de tomber dans un piège subtil : au lieu d’accompagner Marie dans son questionnement, il s’est laissé entraîner à jouer le rôle du conseiller avisé qu’elle sollicitait.
Le malaise du coach
Plus la séance avance, plus Thomas ressent un inconfort grandissant. Marie alterne entre confidences intimes (« Je peux vous faire confiance, je le sens ») et demandes implicites d’alliance (« Nous, nous comprenons les enjeux, contrairement à certains »). Elle évoque ses « sacrifices personnels » pour l’entreprise, sa « solitude de dirigeante », créant une atmosphère de complicité qui met Thomas mal à l’aise.
Quand il propose d’explorer les interactions de Marie avec Paul sous un angle différent, elle oppose une résistance élégante : « C’est exactement ce que je pensais, vous saisissez vraiment les subtilités ». Mais elle n’explore rien, se contentant de réitérer ses griefs avec de nouveaux détails censés « éclairer » Thomas.
La prise de conscience progressive
Thomas réalise progressivement qu’il se sent manipulé. Marie semble avoir un agenda caché : obtenir sa validation sur sa version des faits concernant Paul, et potentiellement des informations qu’elle pourrait utiliser. Elle évoque « d’autres dirigeants » qu’il accompagne, pêchant des informations sur ses méthodes, ses analyses.
La séance se termine sur une note ambiguë. Marie se dit « très satisfaite » de cet échange « riche et éclairant », bien qu’aucun travail réel d’accompagnement n’ait eu lieu. Thomas ressort troublé, avec la sensation d’avoir été utilisé plutôt que d’avoir accompagné.
La séance de supervision : quand l’écho se révèle
La reconstitution de la dynamique
Deux jours plus tard, Thomas rencontre Claire, sa superviseure, pour leur rendez-vous mensuel. Il commence par exposer sa difficulté avec Marie, mais étonnamment, reproduit inconsciemment certains des mécanismes qu’il vient de subir.
L’entrée séductrice répétée
« Claire, j’ai vraiment besoin de votre expertise sur ce cas complexe », débute Thomas, reprenant presque malgré lui le registre flatteur de Marie. Il présente Marie comme « particulièrement difficile à cerner », créant d’emblée une alliance avec Claire contre cette cliente « problématique ».
La tentative de triangulation bis
Thomas se lance dans une description détaillée des comportements de Marie, cherchant visiblement l’approbation de Claire. « Vous voyez le profil ? Elle correspond exactement à ce type de personnalité manipulatrice dont nous avons déjà parlé », avance-t-il, reproduisant la stratégie de Marie qui cherchait sa validation sur Paul.
Claire observe attentivement cette dynamique naissante. Elle note que Thomas semble attendre qu’elle confirme son analyse, qu’elle prenne parti contre Marie, exactement comme Marie avait tenté de le faire avec lui concernant Paul.
L’évitement en miroir
Quand Claire propose d’explorer ce que cette situation révèle sur Thomas lui-même – ses réactions, ses zones de vulnérabilité face à la séduction ou à la manipulation – Thomas résiste subtilement. Il ramène systématiquement la conversation sur Marie, ses comportements, ses stratégies.
« Le vrai sujet, c’est comment déjouer ses manipulations la prochaine fois », insiste-t-il, évitant soigneusement l’introspection que propose Claire. Il monopolise la parole pour détailler les « preuves » du comportement manipulateur de Marie, exactement comme celle-ci avait fait avec lui concernant Paul.
La prise de conscience de la superviseure
Claire réalise qu’elle ressent exactement ce que Thomas a dû éprouver avec Marie : une pression subtile pour prendre parti, une sollicitation de son expertise pour valider une vision des choses, une résistance à l’exploration des propres enjeux de son supervisé.
Elle décide d’utiliser cette prise de conscience comme levier d’intervention.
grâce à la supervision !
L’analyse des échos systémiques : les tours de main de la supervision
La révélation du processus parallèle
Claire interrompt gentiment Thomas : « Je vais partager avec vous ce que je ressens en ce moment. J’ai l’impression que vous cherchez à obtenir mon alliance contre votre cliente, exactement comme elle a cherché la vôtre contre son adjoint. Est-ce que cela vous évoque quelque chose ? »
Cette intervention produit un effet de révélation sur Thomas. Il réalise instantanément qu’il reproduit avec Claire la dynamique que Marie avait initiée avec lui. Cette prise de conscience constitue le cœur de ce qu’on appelle les « processus parallèles » en supervision systémique.
L’exploration des vulnérabilités
Claire guide alors Thomas dans l’exploration de ses propres vulnérabilités. Pourquoi cette séance l’a-t-elle autant déstabilisé ? Qu’est-ce qui, chez lui, a pu être touché par les stratégies de Marie ?
Thomas découvre que sa sensibilité aux compliments, son besoin de reconnaissance professionnelle, ont été habilement exploités par Marie. Il réalise aussi que sa tendance à vouloir « sauver » ses clients l’a rendu perméable à la posture de victime adoptée par Marie.
La modélisation en acte
Claire modélise alors, par sa propre intervention, ce que Thomas pourrait faire avec Marie. Au lieu de se laisser entraîner dans l’alliance contre un tiers, elle maintient le focus sur la relation thérapeutique elle-même. Elle explore avec Thomas non pas les « défauts » de Marie, mais ce que cette relation révèle sur lui et sur sa pratique.
Les stratégies d’intervention
Ensemble, ils élaborent des stratégies pour la prochaine séance. Thomas apprend à reconnaître les signaux avant-coureurs de la manipulation : les compliments excessifs, les tentatives de triangulation, les évitements sophistiqués. Claire l’aide à préparer des interventions spécifiques pour recadrer la relation.
« La prochaine fois que Marie tentera de vous faire valider sa vision de Paul, vous pourriez dire : ‘Je remarque que nous parlons beaucoup de Paul. Qu’est-ce que cela dit de votre propre fonctionnement dans cette relation ?' », suggère Claire.
La transformation de la posture
Cette supervision permet à Thomas de passer d’une posture défensive (comment se protéger de Marie) à une posture thérapeutique (comment utiliser ces dynamiques pour accompagner Marie). Il comprend que les tentatives de séduction et de manipulation de Marie révèlent probablement des schémas relationnels profonds qu’elle reproduit inconsciemment.
Les bénéfices en cascade
Cette prise de conscience bénéficie directement à Marie. Lors de la séance suivante, Thomas, fort de sa supervision, parvient à maintenir le cadre thérapeutique. Il résiste aux tentatives de séduction, recadre les évitements, et accompagne enfin Marie dans une véritable exploration de ses patterns relationnels.
Marie, confrontée pour la première fois à un interlocuteur qui ne cède ni à ses charmes ni à ses stratégies d’évitement, commence un travail authentique sur elle-même. Elle découvre progressivement comment ses mécanismes de défense, forgés dans son histoire personnelle, interfèrent avec son leadership et ses relations professionnelles.
La supervision systémique révèle ainsi toute sa puissance : en analysant les échos entre les différents niveaux du système (client-coach, coach-superviseur), elle permet une compréhension fine des dynamiques relationnelles et ouvre la voie à des transformations durables pour tous les acteurs impliqués.
Transformez votre pratique grâce à la supervision systémique
Si vous ressentez le besoin d’un espace pour déposer, clarifier ou approfondir ce qui se joue dans vos séances de coaching, la supervision systémique est certainement un atout précieux pour vous.
Cette approche vous permettra de :
- Décrypter les dynamiques relationnelles complexes avec vos clients
- Identifier vos propres vulnérabilités et zones aveugles
- Développer des stratégies d’intervention plus efficaces
- Transformer les difficultés relationnelles en opportunités d’accompagnement
Contactez-moi dès aujourd’hui pour découvrir comment la supervision systémique peut transformer votre pratique et enrichir votre accompagnement de vos clients.
Appelez-moi directement au 06.71.84.97.06
Consultez nos tarifs de supervision
Clés pour les coachs
Lorsqu’un coach se trouve face à un coaché qui tente de le séduire pour mieux le manipuler ou l’instrumentaliser, il doit faire preuve d’une grande lucidité professionnelle. Cela implique à la fois de reconnaître les dynamiques relationnelles à l’œuvre et de poser un cadre ferme, éthique et bienveillant.
1. Quand le coaché “séduit” pour servir ses intérêts
Ce type de stratégie peut se manifester par :
- Des compliments répétés ou flatteurs, parfois déplacés ou appuyés.
- Une tentative de créer une connivence (“On est du même avis, vous et moi…”).
- Des demandes orientées ou indirectes : “Et entre nous, vous savez ce que pense la direction ?”
- Un dénigrement d’un tiers avec attente implicite d’adhésion.
Objectif du coaché : créer un biais de proximité pour obtenir des informations privilégiées, orienter l’alliance du coach à son avantage, ou court-circuiter l’objectif initial du coaching.
2. Quand le coach se sent « manipulé »
Le coaché peut :
- Éviter certains sujets clés, souvent les plus sensibles (rapport au pouvoir, conflits internes).
- Reprendre le contrôle de la relation, par l’intellectualisation, la diversion, ou la contre-question.
- Installer un jeu de pouvoir inversé, où le coach devient celui qui cherche à plaire ou à s’adapter.
Ce que peut faire le coach
Observer sans juger
Toute tentative de manipulation est d’abord une tentative de survie relationnelle (Jacques Salomé).
Le coach reste attentif aux signaux faibles : incohérences, jeux de rôle, variations de posture.
Recadrer avec clarté
S’appuyer sur le contrat : “Je remarque qu’on s’éloigne de la demande formulée…”
Marquer les limites : “Ce type d’information ne fait pas partie du cadre de notre accompagnement.”
Rappeler les règles éthiques de neutralité et confidentialité.
Nommer la dynamique
Exemple :
“Je perçois une tentative de créer une alliance entre nous qui semble aller au-delà de notre cadre de travail. Je préfère qu’on l’explore ensemble, car cela pourrait nuire à la qualité de notre travail.”
Cela demande un positionnement clair, sans accusation ni réaction défensive.
Utiliser la supervision
Elle permet de prendre du recul sur la relation, d’éclairer les mouvements transférentiels (séduction, évitement, contrôle) et de restaurer une posture d’ancrage et de neutralité.
À retenir
Risques pour le coach :
Être instrumentalisé, perdre la neutralité, devenir complice involontaire.
Réponses possibles :
Revenir au contrat, poser un cadre, nommer la dynamique, aller en supervision.
Références
- Claude Steiner, Le pouvoir des émotions
- Eric Berne, Des jeux et des hommes
- Code de déontologie ICF (2021)
Prenez contact pour parler de supervision systémique de coach







