Dans cet article je vais montrer deux séances en parallèle, celle du coach avec son client, puis celle du coach avec son superviseur.
Contexte
Marc, dirigeant d’une PME, vient voir son coach Sylvie pour la sixième fois. L’objectif initial était de développer son leadership et améliorer sa gestion d’équipe. Mais depuis plusieurs séances, on constate la même gestalt : le client ne se prend pas vraiment en charge, il n’investit pas complètement son coaching, ne met pas vraiment en place les actions qu’il avait décidées la fois précédente, il n’a pas de demande en début de séance, et semble se laisser porter par Sylvie, dont il semble attendre qu’elle lui propose des sujets pour le faire travailler, éventuellement en le conseillant, en lui donnant des retours sur lui, maintenant qu’elle le connait bien. Sylvie s’en rend compte, mais ne parvient pas à responsabiliser Marc sur son coaching…
Déroulement de la séance
Sylvie : Bonjour Marc, comment s’est passée votre semaine depuis notre dernière séance ?
Marc : Pas terrible… J’ai encore eu des conflits avec mon équipe. Et puis cette histoire de réorganisation, je ne sais vraiment pas comment m’y prendre.
Sylvie : D’accord. Vous vous souvenez, la semaine dernière, nous avions identifié des actions concrètes à mettre en place. Avez-vous pu les expérimenter ?
Marc : Euh… Oui, enfin, j’ai essayé, mais c’était compliqué. Vous savez, avec la charge de travail…
Sylvie : Je comprends. Bon, reprenons ensemble. Si on analysait cette situation de réorganisation ? Quelles sont vos options selon vous ?
Marc : Justement, c’est bien le problème ! Je ne vois pas d’options. C’est pour ça que je viens vous voir. Qu’est-ce que vous me conseillez ?
Sylvie : (commence à se pencher vers Marc) Eh bien… Dans ce type de situation, généralement, on peut envisager plusieurs approches. D’abord, il faudrait que vous fassiez un diagnostic de vos équipes…
Marc : Ah oui, bonne idée ! Et comment je fais ce diagnostic ? Vous avez une méthode ?
Sylvie : (sort son carnet et commence à dessiner un schéma) Voilà, vous pourriez procéder comme ça… D’abord, vous listez les compétences de chacun, ensuite…
Marc : (prend des notes frénétiquement) D’accord, d’accord… Et après ?
Sylvie : Après, vous analysez les affinités, vous regardez qui travaille bien avec qui…
Marc : C’est parfait ! Vous pourriez me faire un petit document de synthèse ? Ça m’aiderait beaucoup.
Sylvie : (hésite puis accepte) Oui… Je peux vous préparer quelque chose.
Marc : Génial ! Et pour la communication de cette réorganisation, comment je m’y prends ? Vous avez déjà accompagné d’autres dirigeants dans ce cas ?
Sylvie : (de plus en plus dans le conseil) Oui, effectivement… Il faut d’abord préparer votre message, être transparent sur les enjeux…
(La séance continue sur ce mode, Sylvie donnant de plus en plus de conseils directs, Marc devenant de plus en plus passif)
Marc : (en fin de séance) Parfait ! Donc vous m’envoyez ce précieux document, et on se voit la semaine prochaine pour que je vous raconte comment ça s’est passé ?
Sylvie : Euh… oui, c’est ça.
(Marc part, laissant Sylvie avec une sensation de malaise qu’elle n’arrive pas à identifier)
A Retenir
- Le coach peut inconsciemment reproduire avec son superviseur la dynamique qu’il vit avec son client.
- Une relation de dépendance s’installe lorsque le coach « porte » son client au lieu de le responsabiliser.
- L’écho systémique révèle les schémas relationnels souvent à l’œuvre dans l’équipe du client.
- Le superviseur aide le coach à identifier et à briser ces dynamiques répétitives pour favoriser l’autonomie.
- La supervision développe l’auto-observation, la régulation émotionnelle et la croissance intérieure du coach.
grâce à la supervision !
Séance de Supervision Systémique
Quelques jours plus tard, Sylvie rencontre son superviseur, Pierre
Pierre : Bonjour Sylvie, comment ça va ?
Sylvie : Bonjour Pierre… Ça va, mais j’ai besoin de votre aide. J’ai un client avec qui je n’avance plus du tout. Marc, un dirigeant que j’accompagne depuis deux mois. On tourne en rond. J’ai vraiment besoin de vos lumières, parce que je ne sais plus trop quoi faire avec Marc…
Pierre : Racontez-moi ce qui se passe.
Sylvie : Eh bien, il arrive en séance, il me raconte ses problèmes, mais il ne met jamais rien en application. Alors moi, je me retrouve à lui donner de plus en plus de conseils, à faire des documents pour lui… Je sens que je fais tout le travail !
Pierre : (observe Sylvie attentivement) Et là, maintenant, avec moi, comment vous vous sentez ?
Sylvie : Comment ça ?
Pierre : Vous venez me voir en me disant « j’ai besoin de votre aide », vous me présentez votre problème… Qu’attendez-vous de moi ?
Sylvie : Eh bien… que vous m’aidiez à débloquer la situation ! Que vous me donniez des pistes, des outils…
Pierre : (souriant) Vous entendez ce qui est en train de se passer ?
Sylvie : (perplexe) Non…
Pierre : Vous reproduisez exactement avec moi ce que Marc fait avec vous. Vous arrivez avec votre problème, vous me demandez de vous donner des solutions, vous me mettez dans la position de celui qui va résoudre à votre place.
Sylvie : (silence, puis prise de conscience progressive) Oh… Vous voulez dire que…
Pierre : Exactement. Le système que vous décrivez avec Marc se reproduit ici, maintenant, entre nous. C’est ce qu’on appelle un écho systémique. La dynamique relationnelle de votre client se transfère dans notre relation de supervision.
Sylvie : (réfléchit) C’est troublant… Mais alors, qu’est-ce que ça révèle ?
Pierre : Bonne question ! Que remarquez-vous dans votre manière d’être avec Marc ? Qu’est-ce qui vous pousse à prendre en charge ses problèmes ?
Sylvie : J’ai l’impression… qu’il souffre. Qu’il est perdu. Et moi, j’ai du mal à le voir comme ça sans l’aider.
Pierre : « L’aider » ou « faire à sa place » ?
Sylvie : (temps de réflexion) Faire à sa place… C’est vrai. J’ai peur qu’il n’y arrive pas tout seul.
Pierre : Et cette peur, d’où vient-elle selon vous ?
Sylvie : (long silence) J’ai toujours eu tendance à… à vouloir sauver les gens. Déjà petite, avec ma mère qui était souvent déprimée…
Pierre : Voilà. Marc vient apparemment toucher quelque chose en vous, une partie qui a appris très tôt à prendre soin des autres, à porter leurs difficultés. Et Marc, inconsciemment, sent cette disponibilité chez vous et s’y installe confortablement.
Sylvie : C’est exactement ça ! Mais comment je fais pour sortir de là ?
Pierre : (sourire) Vous recommencez ! Vous me demandez comment faire…
Sylvie : (rire) C’est vrai ! Bon… Qu’est-ce que MOI je pense qu’il faut faire ?
Pierre : Voilà, c’est mieux. Alors ?
Sylvie : Je pense que je dois arrêter de porter Marc. Arrêter de lui donner des solutions toutes faites. Le remettre dans sa responsabilité de client.
Pierre : Et concrètement ?
Sylvie : La prochaine fois qu’il me demande ce qu’il doit faire, je lui renvoie la question. « Vous, qu’est-ce que vous pensez qu’il faut faire ? » Au lieu de répondre à sa place.
Pierre : C’est une piste. Et comment allez-vous gérer votre propre inconfort quand vous le verrez en difficulté sans vous précipiter pour l’aider ?
Sylvie : (réfléchit) Il faut que j’accepte qu’il ait le droit d’être en difficulté. Que ce ne soit pas dramatique. Que ma valeur de coach ne dépend pas de ma capacité à résoudre ses problèmes.
Pierre : Exactement. Et qu’est-ce que ça peut révéler de Marc, cette tendance à se déresponsabiliser ?
Sylvie : Peut-être que c’est son mode de fonctionnement habituel ? Qu’il délègue toujours la responsabilité de ses décisions ? Et que c’est justement ce qui pose problème dans son leadership ?
Pierre : Très juste. En acceptant de porter ses difficultés, vous l’empêchez de voir son propre fonctionnement. Vous reproduisez le système qui le met en échec.
Sylvie : C’est éclairant… En fait, en voulant l’aider, je participais au problème.
Pierre : Un peu…. Le système Marc-Sylvie reproduisait probablement le système Marc-équipe (et se répercutait entre nous deux :-). Un dirigeant qui n’assume pas ses responsabilités, entouré de personnes qui compensent pour lui.
Sylvie : Et comment j’aborde ça avec lui ?
Pierre : (sourire) Encore une question sur le « comment faire » ! Qu’est-ce que vous en pensez ?
Sylvie : (rire) Bon, d’accord ! Je pense que je peux lui partager ce que j’observe. Lui dire que j’ai remarqué que j’avais tendance à prendre en charge ses problèmes, et explorer avec lui ce que ça révèle de son fonctionnement habituel.
Pierre : C’est une excellente approche. Vous passez de la position de « sauveur » à celle de « révélateur ». Vous l’aidez à voir son propre fonctionnement au lieu de compenser ses difficultés.
Sylvie : Merci Pierre. Cette supervision m’a fait comprendre beaucoup de choses. Sur Marc, mais aussi sur moi.
Pierre : C’est tout l’intérêt de l’approche systémique. Les échos relationnels sont des informations précieuses sur les dynamiques en jeu. En observant ce qui se passe entre nous, nous comprenons mieux ce qui se passe entre vous et vos clients.
On suppose que Pierre ne proposera pas à Sylvie de lui envoyer une petite fiche avec des conseils ? 🙂
Analyse Systémique des échos entre ces deux séances
Les Échos Systémiques Observés
- Reproduction du pattern : Sylvie reproduit avec son superviseur la même dynamique que Marc avec elle
- Demande d’aide/de solutions
- Position de « celui qui ne sait pas » face à « celui qui sait »
- Délégation de la responsabilité de trouver les solutions
- Triangulation : Le système Marc-Sylvie se révèle dans le système Sylvie-Pierre
- Même position de dépendance
- Même évitement de la responsabilité personnelle
- Même attente de prise en charge
- Révélation des enjeux inconscients :
- Pattern de « sauveur » chez Sylvie
- Pattern de dépendance chez Marc
- Reproduction probable de ces dynamiques dans l’équipe de Marc
L’Intervention du Superviseur
Le superviseur utilise l’écho systémique comme outil de révélation :
- Il ne répond pas à la demande directe d’aide
- Il fait observer à Sylvie sa propre demande
- Il révèle la reproduction du pattern
- Il aide Sylvie à comprendre ses propres enjeux
- Il la remet dans sa responsabilité de coach
Cette approche permet à Sylvie de comprendre viscéralement ce que vit Marc et de développer une nouvelle posture plus aidante.
La supervision : une hygiène professionnelle et une pratique de maturation intérieure
La supervision est une hygiène professionnelle, mais aussi une pratique de maturation intérieure. Elle vous aide à rester au clair, au juste, au vivant. Pas pour devenir un « meilleur coach », mais pour rester pleinement vous-même… dans l’acte de coacher.
Au-delà des bénéfices immédiats, la supervision cultive chez le coach une capacité d’auto-observation et de régulation qui enrichit progressivement sa pratique. Elle développe ce que l’on pourrait appeler « l’intelligence de la posture » : cette capacité fine à sentir ce qui se joue dans la relation et à ajuster sa présence en conséquence.
Un coach supervisé développe également une meilleure tolérance à l’incertitude et aux situations complexes. Il apprend à naviguer dans l’ambiguïté sans perdre ses repères, qualité essentielle dans un métier où les enjeux humains sont toujours multiples et nuancés.
Si vous ressentez le besoin d’un espace pour déposer, clarifier ou approfondir ce qui e joue dans vos séances de coaching, la supervision systémique est certainement un atout précieux pour vous.
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FAQ – Séances de coaching et supervision systémique : analyse des dynamiques relationnelles
Réponses à vos questions sur la supervision des coachs et les échos systémiques en coaching
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Qu’est-ce qu’un écho systémique en coaching ?
Un écho systémique désigne la reproduction inconsciente d’un même schéma relationnel à différents niveaux du système : par exemple, un coach vivant une dynamique avec son client (ex. : prise en charge excessive) peut retrouver cette même dynamique avec son superviseur. L’écho systémique permet de révéler des enjeux profonds et d’en prendre conscience, afin d’ajuster sa posture professionnelle.
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Pourquoi la supervision est-elle essentielle dans le métier de coach ?
La supervision offre un espace de prise de recul, d’analyse et de maturation intérieure. Elle permet au coach d’identifier ses propres automatismes relationnels, d’explorer ce qui se joue dans la relation avec ses clients et d’ajuster sa posture. C’est une véritable hygiène professionnelle qui favorise l’auto-observation, le développement de l’intelligence de la posture et la capacité à accompagner avec justesse et authenticité.
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Comment un coach peut-il sortir du rôle de 'sauveur' auprès de son client ?
Sortir du rôle de ‘sauveur’ suppose que le coach résiste à la tentation de faire à la place du client et qu’il le remette dans sa responsabilité. Cela consiste à éviter de donner des solutions toutes faites, à renvoyer le client à sa propre réflexion (ex : « Vous, qu’en pensez-vous ? ») et à accepter de le voir traverser la difficulté sans intervenir systématiquement. C’est aussi avoir conscience de ses propres schémas pour ne pas les reproduire dans la relation d’accompagnement.
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Quelle différence entre aider le client et faire à sa place en séance de coaching ?
Aider le client, c’est le soutenir dans sa réflexion et son cheminement, tout en respectant son autonomie et sa responsabilité. Faire à sa place, c’est prendre en charge ses difficultés, chercher des solutions pour lui et l’infantiliser, ce qui entretient une dépendance et freine son développement. Une posture de coach professionnelle encourage l’émancipation du client, pas sa passivité.
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Comment la supervision systémique met-elle en lumière les dynamiques relationnelles cachées ?
La supervision systémique utilise ce qui se passe ‘ici et maintenant’ entre le superviseur et le coach pour révéler les schémas relationnels qui se jouent aussi entre le coach et ses clients. En observant les résonances, le superviseur aide le coach à prendre conscience de ses tendances, à questionner ce qui le pousse à agir de telle manière, et à identifier ses propres enjeux pour sortir des répétitions inconscientes.
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Quels bénéfices un coach retire-t-il de la supervision systémique ?
Les bénéfices sont nombreux : prise de recul sur sa pratique, développement d’une meilleure tolérance à l’incertitude, capacité à naviguer dans des situations humaines complexes, affinement de l’intelligence relationnelle, clarification de ses propres enjeux, et maturation intérieure. Progressivement, le coach gagne en aisance, en confiance et en pertinence dans ses accompagnements.
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La supervision s’adresse-t-elle seulement aux coachs débutants ?
Non, la supervision concerne tous les coachs indépendamment de leur expérience. Même les professionnels confirmés rencontrent des situations relationnelles complexes et bénéficient de l’effet miroir offert par la supervision, pour préserver leur lucidité, leur congruence et affiner leur posture dans la durée.
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Comment choisir un superviseur ? Quelles sont les qualités recherchées ?
Choisir un superviseur, c’est choisir un professionnel formé et expérimenté, qui propose une posture de non-jugement, sait observer les dynamiques relationnelles en profondeur et accompagne le coach à la fois sur ses pratiques et sa maturation personnelle. La capacité du superviseur à faire émerger les échos systémiques et à ramener chacun à sa responsabilité est essentielle.
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Peut-on faire appel à la supervision pour des besoins ponctuels ou faut-il s’inscrire dans la durée ?
La supervision peut répondre aussi bien à un besoin ponctuel de clarification sur une situation précise qu’à une démarche régulière de développement professionnel. Une pratique régulière offre cependant un véritable espace de maturation intérieure qui enrichit coaching après coaching.
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Où trouver plus d’informations sur la supervision systémique et ses tarifs ?
Pour en savoir plus sur la supervision systémique et découvrir les offres de supervision, consultez la page dédiée : Supervision systémique. Les tarifs sont également consultables sur cette page.







