Dans cet article, nous verrons ensemble plusieurs extraits de séances de supervision, pour vous montrer comment ça marche.
Dans la première séance de supervision systémique, vous allez pouvoir repérer de nombreux liens systémiques et/ou échos systémiques.
Nous verrons comment les utiliser en coaching systémique. La supervision systémique de coaching est une supervision de coach comme les autres, à ceci près qu’elle est tout particulièrement attentive à la synchronicité, aux reflets systémiques, et au transfert.
La supervision systémique est très vivante, pas du tout « intello » (à « cérébraliser » les clins d’oeils de la vie, qui doivent au contraire rester pétillants et frais, et surtout ne pas être manipulés dans tous les sens pour en faire une « chose » intellectuelle de plus, indigeste par nature !)
A Retenir
- La supervision systémique de coaching met l’accent sur la synchronicité et les reflets systémiques.
- La qualité de présence et l’enracinement du coach sont essentiels pour une écoute profonde.
- En coaching systémique, l’enracinement se pratique à travers le corps et la relation.
- Les échos systémiques aident à révéler des insights puissants chez le client.
- Travailler l’enracinement permet d’aligner le coach et le client pour des résultats efficaces.
Supervision systémique : début de séance
- Client-coach : Aujourd’hui, je voudrais travailler 4 sujets différents :
- D’abord, comment conclure une mission de coaching lors de la dernière séance;
- Ensuite le cas de cette cliente qui vit une constante fuite en avant et manque d’enracinement;
- Et puis comment gérer le cas de cette personne qui change d’objectifs en cours de coaching (elle est soudainement tombée amoureuse et cela bouscule ses priorités);
- Enfin, l’université me demande un mémoire à rendre sur le thème de la place des émotions dans le coaching, et je voudrais consacrer un peu de temps de cette séance aussi à ce dernier point, s’il en reste encore un peu…
- Superviseur : Avant de commencer à travailler les points de cette liste, puis-je me permettre de vous offrir deux questions, auxquelles vous pourriez « réfléchir », mais sans y répondre tout de suite, juste les laisser infuser tout au long de cette séance, un peu comme une pastille sous la langue qui diffuse son arôme, sans qu’on ait besoin de s’en occuper directement ?
- Client : Volontiers…
- Superviseur : Vous me les avez inspirées instantanément, donc je vous les « rends » puisqu’elles vous appartiennent… Elles ont peut-être un lien avec le contenu des cas que vous avez choisi de travailler aujourd’hui, je ne sais pas, c’est vous qui me le direz peut-être…
-
- Quel sont les éventuels points communs entre ces 4 sujets parfaitement différents ?
- En quoi ces sujets qui portent sur des questions extérieures à vous, parlent aussi de l’intérieur de vous aujourd’hui ?
Commentaire off :
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- Les 4 sujets semblent être en rapport avec le temps :
- dernière séance, quand le coaching s’arrête (fin du temps imparti),
- fuite en avant de ce client qui n’habite pas l’instant présent, comme s’il manquait d’enracinement
- irruption du présent dans la vie de cet autre client, qui propose de changer ses objectifs de coaching pour mieux s’adapter à son actualité, parce qu’il est tombé amoureux…,
- et enfin « mémoire » de fin d’études, qui consiste à garder la trace du passé pour le futur…
- Les 4 sujets semblent être en rapport avec le temps :
Entendant spontanément cette thématique du temps, « comme le coup de pied saute aux fesses », mon premier réflexe est de m’installer (m’enraciner ?) dans l’instant présent (tout en étant attentif à la « gestion du temps » de la séance d’1 heure, qui comporte 4 sujets, potentiellement très riches…
-
- Les 4 sujets semblent évoquer des choses extérieures au client. Ce sont des préoccupations d’ordre technique, relevant de situations extérieures au sujet qui s’entretient avec moi au téléphone (cette supervision systémique de coach se fait par téléphone avec cette personne). Dans mon élan systémique de proposer tout de suite un coup d’oeil out of the box, avant même de commencer, je lui fais la blague de lui offrir la seconde question, dont il fera ce qu’il voudra. De mon côté, je suis attentif à être bien centré sur ce que JE ressens, ici et maintenant, pendant cette séance de supervision systémique, où nous allons parler « des autres » (donc de l’extérieur de soi).
- En effet, je suis convaincu que c’est en modélisant lui-même les comportements cibles que cherche à s’approprier le client, que le coach accompagne le mieux ce dernier. C’est donc, en ce qui me concerne dans cette supervision systémique, en étant conscient que la séance de supervision systémique parle de « moi », que mon client se rendra le mieux compte que c’est sur « lui-même » qu’il travaille quand il parle des ses propres clients… Vous le voyez le lien systémique là ? Ce que vivent les clients de mon client, qui est transféré dans la relation avec lui, est également transféré dans notre séance de supervision systémique, et m’impactent en bout de chaîne. Je me centre donc en moi-même, pour influencer positivement en retour cette chaîne systémique (et atteindre par la même, non seulement mon client, mais ses propres clients aussi par ricochet)…Les deux thèmes sous-jacents de mes questions systémiques (le temps et l’intérieur) convergent pour évoquer « l’instant présent que je suis », qui fait irruption dans cette séance, instantanément (évidemment :-). C’est cet instant présent, avec la qualité de présence à laquelle nous allons être tous deux invités, qui va contaminer positivement le système du client et ceux de ses clients. Nous allons faire un acte magique ensemble, sans le dire…
« Comment terminer mon coaching ? »
- Superviseur : Votre premier point est une question que vous posez. A qui voulez-vous la poser : à vous ou à moi ?
- Client : Je vous la pose à vous, en même temps que j’ai mon idée que j’aimerais pouvoir confronter à votre réponse.
- Superviseur : Comment voulez-vous procéder : Je vous réponds d’abord et vous confrontez ma réponse avec vos idées après, ou bien préférez-vous élaborer vos idées d’abord et les confronter ensuite avec ma réponse que je vous donne après ?
Commentaire off :
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- C’est amusant, au passage, que le client commence sa supervision systémique avec le thème « comment terminer un coaching » ? Je le vis comme une incitation à m’engager sur la voie systémique : l’inconscient de cette personne m’invite par ses formulations à entrer dans la dimension systémique (« commençons la supervision systémique par la fin du coaching… » : comme si le début et la fin se rejoignaient, comme si la durée de cette séance de supervision systémique allait se rassembler en un seul point, comme si la séance allait s’épanouir du début à la fin comme une seule unité, malgré la juxtaposition des 4 thèmes apparemment disjoints)
- Etonnant aussi, que pour une séance de supervision systémique, qui est un coaching de coach, le client choisisse de poser une question au superviseur, comme s’il était un enseignant et non un coach. Cette posture d’élève dans laquelle se met le client, parle peut-être de la façon dont il se met en position haute vis-à-vis de ses propres clients : s’il prenait en charge la séance de coaching de ses clients, nous n’en serions pas surpris ! D’autant moins, en ce qui me concerne, que c’était précisément le thème de notre séance précédente. Du coup, je ne peux rater ce nouvel écho systémique. D’où ma précaution. Je ne veux pas refuser de lui répondre, mais je souhaite m’assurer que le client constate le processus qu’il induit, la posture dans laquelle il nous met… qui ne me gêne pas, mais qui serait limitante si c’était la seule, ou si nous n’en étions pas conscients tous les deux…
- Superviseur : Je vous invite à considérer la dernière séance comme si c’était la première, avec étonnement, avec fraîcheur, sans a priori… (et pourquoi ne pas considérer aussi la première comme si c’était la dernière !). Vous le savez, dans une perspective systémique : de même que le coaching commence toujours avant le coaching, il se finit aussi après sa fin… Selon vous, qu’est-ce qui serait logique de faire pour conclure un coaching ?
- Client : D’en faire un bilan et d’envisager les nouvelles perspectives qui s’ouvrent pour le client…
- Superviseur : Oui certainement. en tous cas, dans de nombreux cas, vous avez raison. Et dans tous les autres cas ?
- Client : ça dépend…
- Superviseur : Excellente réponse. Oui, le coaching, ça dépend ! Des fois le client souhaite faire un bilan lors de sa dernière séance (ce serait logique), mais des fois, il l’a fait avant, ou bien il n’en éprouve pas le besoin. Des fois par exemple, il est tombé amoureux de quelqu’un depuis la précédente séance, et il préfèrerait parler de ce nouvel objectif… 🙂
- Client : Ah vous faites le lien avec mon autre cas, dont on n’a pas encore parlé…
- Superviseur : C’est peut-être un peu le même d’ailleurs… Qu’en pensez-vous ? (Silence du client qui réfléchit)… Pour en revenir à la dernière séance, si vous faisiez comme à la première, que feriez-vous ?
- Client : Je lui demanderais ce qu’il veut faire de cette dernière séance. Autrement dit, comment il souhaite conclure son coaching, comment il compte utiliser sa dernière séance…
- Superviseur : Oui, et il choisira peut-être de faire un bilan, ou de vous remercier, ou pas, et…peu importe : c’est son coaching, il en fait ce qu’il en veut. Il conclut ou pas, comme il veut, non ? Ce qui est sûr c’est qu’il n’y aura pas d’autre séance après celle-ci. D’ailleurs, dans votre formulation, vous le lui signifiez gentiment (rappel du cadre) sans induire pour autant le contenu de la séance comme devant forcément être un bilan ou la préparation de l’éventuel entretien tripartite (si c’est un coaching prescrit). Cela vous semble bien aligné avec l’esprit du coaching ?
- Client : Oui, c’est une bonne idée de faire comme ça. En fait, je lâche mes idées préconçues sur ce que doit contenir la dernière séance, et je l’accompagne jusqu’au bout, en étant présent et en l’invitant à choisir, à se déterminer lui-même… C’est un peu ça d’ailleurs le miracle du coaching : ne pas savoir, accompagner et se rejoindre dans une solution, qui semble émerger d’elle-même. Ce client a d’ailleurs mis du temps à planifier cette dernière séance, comme s’il peinait à interrompre ce processus, dans lequel il met une certaine magie.
- Superviseur : Et vous, quelle magie y mettez-vous ?
- Client : Moi ? Je mets de la confiance, c’est tout. Rien que de la confiance, de la croyance que tout est possible, rien d’autre !
- Superviseur : Qu’y a-t-il de magique dans cette « confiance-c’est-tout-et-rien-d’autre » ?
- Client : Il y a de la joie, de la créativité à envisager la nouveauté, du plaisir à tester de nouvelles options, du renforcement de ce qui est bon, de l’alliance avec les autres, de la foi en soi et en la vie, de l’amour aussi, de la vie quoi !
- Superviseur : Votre « confiance-c’est-tout », me paraît en effet bien pleine de tout ! Et votre « magie » en est d’autant plus puissante…
Commentaire off :
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- Comme je vous le disais, cette séance se tient de bout en bout sur le même thème de l’unité, unité du temps rassemblée dans l’instant présent, unité de soi et de l’autre, unité de l’effet coaching qui fait feu de tout bois : confiance, joie, plaisir, créativité, amour et j’en passe !
- Ce client prend conscience de son pouvoir de coach, en n’osant pas tout-à-fait l’assumer et le reconnaître. Plutôt que de lui faire un discours sur ce sujet, qui ne le convaincrait qu’à moitié, la question miroir entre la magie que met le client dans son coaching et la magie qu’y met le coach l’aide à voir encore l’unité du processus systémique entre eux. D’ailleurs, le client m’explique que son propre client vit une expérience extraordinaire en ce moment, une formidable progression, mais qu’il n’y est pour rien, que c’est la vie qui fait ça… Devant sa modestie, je me risque à taquiner sa pudeur, en suggérant avec le sourire, que son « mauvais coaching » au moins n’empêche pas son client de réussir… Le client sourit à son tour au téléphone et affirme : vous avez raison, je fais un bon coaching avec ce client !
Je vous raconterais volontiers la suite de cette séance de supervision systémique, mais comme il faut à peu près deux heures pour en décrire et commenter le premier quart d’heure, vous me pardonnerez d’interrompre là cette séance de décorticage entre nous 🙂 J’espère que vous aurez pu apprécier ce que nous appelons des échos systémiques, des reflets systémiques, des clins d’œil systémiques, la manière de les utiliser et ce que cela ouvre comme puissants insights au client…
Ce client a conclu pour sa part que cette manière de lâcher la rampe de l’escalier (la méthode), pour entrer dans « l’espace du coaching » ou ‘l’instant du coaching l’inspirait beaucoup : comment se mettre à l’écoute des résonances en soi, comment l’autre est un miroir de soi et comment ce qu’on lui propose en retour est aussi un miroir pour lui…
L’enracinement du coach pendant ses séances de coaching avec ses clients est une chose essentielle pour la réussite du coaching. Pourquoi ? Parce que la profondeur de l’écoute et la qualité de présence du coach sont fonction de son enracinement. Enracinement du coach en deux points d’appui :
- son propre corps
- la relation
Dans ce second extrait de séance de supervision de coaching, nous allons partager quelques points d’attention pour favoriser l’enracinement du coach, à la fois dans son corps et dans la relation au client.
Enracinement du coach dans son propre corps
Le coach qui me sollicite sur ce sujet me dit qu’il a écouté plusieurs fois une vidéo que j’ai enregistrée sur ce sujet dans un support vidéo de notre formation digitale au coaching individuel. Et qu’à chaque fois, il en a été bouleversé. Qu’une émotion lui est venue, réalisant qu’il ne parvenait pas à s’enraciner comme j’en parle dans cet exposé. Pourquoi une telle émotion ? On ne s’est pas tellement arrêté sur ce point, parce que ce n’était pas le sujet de la supervision, qui était plutôt orientée solutions.
« Je voudrais parvenir à m’enraciner davantage dans mes séances de coaching, pour accéder à un plus grand niveau de profondeur de la relation. Je suis parfois en difficulté à cause de cela. Comme si, pour me protéger, je n’osais pas me poser dans la relation. Pour les mêmes raisons peut-être, je reste trop mental, et je ne m’investis pas assez dans mon corps. En t’écoutant et en te voyant pratiquer, j’ai pris conscience » du potentiel à côté duquel je passe, tant pour moi-même que pour mes clients… »
De la pratique d’abord
J’aurais pu demander à ce coach de partir d’un exemple de client avec lequel il a eu du mal à s’enraciner, et commencer à décortiquer comment y parvenir mieux. Mais au lieu de cela, j’ai proposé que nous commencions tout de suite à pratiquer l’enracinement (par téléphone), ensemble et dans l’instant présent. Invitant mon client à rassembler son attention dans ses pieds, il m’a répondu qu’il avait du mal à ressentir cette sensation dans les pieds. Et que c’est d’ailleurs ce qui avait déclenché son émotion en écoutant la vidéo. En parlant un peu, il me dit aussi qu’en pratiquant la méditation avec une appli smartphone, il est parvenu récemment à se poser. Etait-il debout ? Non, il était assis en tailleur. Donc pas eu besoin de ses pieds pour s’enraciner. Du coup, en riant, nous partageons qu’il a peut-être un problème de … pieds ! Plus sérieusement, il me précise que c’est comme si un porte était blindée, ou verrouillée plutôt. Et de nouveau en disant cela, une émotion lui monte aux yeux… Là encore, nous aurions pu explorer le contenu ou le déclencheur de l’émotion. Mais avec légèreté nous avons glissé vers la pratique.
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En savoir plusPourquoi passer par l’expérimentation ?
Déjà parce que c’est la demande du client dans ce cas précis. Ensuite, parce que dans un cas comme celui-là, parler de l’émotion nous propulserait dans le mental, où nous irions perdre du temps à intellectualiser, à « comprendre »… Mais cela ne résoudrait rien. Et puis, mon client veut s’enraciner, il ne me demande pas de comprendre. Il me dit qu’il a peur de rester figé s’il se pose, comme prise au piège. Il suppose qu’il préfère rester en mouvement pour pouvoir s’échapper si besoin… D’une part, on n’est pas ici en psychothérapie. Et d’autre part, nous pouvons prendre un formidable raccourci. Je trouve intéressant de mettre des mots sur le vécu intérieur, tandis qu’on est précisément en train d’expérimenter
Donc nous pratiquons :
- Debout, pour bien sentir tout le poids du corps en appui sur les pieds.
- Léger mouvement du basin d’avant en arrière, pour sentir comment le poids étale le pied d l’avant pied au talon.
- Idem de droite à gauche.
- Puis en marchant, tout doucement, en se synchronisant sur la respiration, comme une marche Kin-Hin : tout le poids du corps sur pied droit, vider le pied gauche, le soulever sur une inspiration, puis l’avancer jusqu’à ce que le talon gauche se pose au sol à la hauteur des orteils du pied droit. Puis pousser sur le pied arrière, pour dérouler toute la plante du pied gauche en expirant tout doucement. Nous faisons cela quelques minutes, ensemble bien que chacun chez soi, décrivant par téléphone les actions à poser.
- On observe ainsi comment se poser, à chaque pas, sans s’arrêter. En fluidité, mais avec une grande présence.
- Je propose au client de refaire cet exercice tout seul trois fois aujourd’hui. En cessant de se projeter sur la ligne d’arrivée, considérant que le chemin est aussi important que la destination. Appréciant la joie d’avoir les pieds sur terre, instant après instant, pas à pas.
S’enraciner dans le bas ventre, grâce à la respiration
- Puis, nous nous rasseyons, et nous explorons comment le ventre se remplit à l’inspiration. Et aussi comment il continue à se dilater pendant une ou deux secondes à poumons pleins. Ensuite, nous relâchons la pression du ballon, observant l’air chaud ressortir par les narines. Faisant ainsi plusieurs fois, c’est comme si on repeignait l’intérieur de l’abdomen avec l’énergie du ballon d’oxygène.
- Comme précédemment avec les pieds lors de la marche, cela nous donne encore l’occasion de constater que se poser dans le basin est bon. Que cette chaleur est douce et sécurisante. Et surtout, on vit ensemble l’expérience de ne pas y rester bloqué. C’est fluide, on peut visiter cet espace, l’investir sans s’y retrouver piégé. On s’y installe et on le quitte librement.
- Comment sent-il ses pieds, maintenant ? Très bien. Les pieds ne sont pas enracinés, mais ils sont posés, ce qui est déjà un grade satisfaction.
Cela dit, une séance de supervision de coaching n’est pas qu’une séance de thérapie corporelle, même pointue et sur mesure. C’est un travail sur la posture d’enracinement dans le cache du coaching. Donc je propose de s’enraciner dans la relation, maintenant. Et puisque c’est moi qui suis là : s’enraciner dans la relation avec moi, maintenant ! En toute sécurité, puisqu’il n’y a pas d’enjeu à notre relation, qu’on se connaît, qu’on se fait confiance… il n’ya donc pas de risque à se poser, comme avec les pieds sur le sol, mais cette fois-ci avec le ventre, dans la relation.
Enracinement du coach dans la relation
J’invite mon client à se relever et à m’écouter tandis qu’il place le poids de son corps sur ses talons, comme en arrière de lui-même. Puis je lui demande de me dire quelque chose tout en déplaçant son bassin vers l’avant pour déplacer le poids du corps sur les avants pieds. Et là, de faire comme si il pouvait en quelque sorte « appuyer » sur moi tout en parlant, d’une façon imaginaire. Comme s’il venait appuyer son nombril devant lui, comme pour me toucher à distance. Vous comprenez bien qu’il s’agit d’un travail énergétique, permettant à mon client un peu coupé des sensations (et qui cherche peut-être aussi à se prémunir de ses émotions) d’oser, dans ce cadre sécuriser, se projeter et s’engager dans la relation avec moi. Je suggère alors l’image du schéma de l’intersection entre deux ensembles mathématiques. Comme s’il pouvait ainsi, investir sa parole « en venant au contact ». Je vous rappelle qu’on est au téléphone. Mais si on était dans la même pièce, cela n’aurait rien changé. Je module tout de même le choix des mots en fonction du type de relation qu’est la nôtre, et en particulier s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, bien sûr. Je l’invite à reproduire plusieurs fois le passage de l’avant (en me parlant) à l’arrière (en m’écoutant), et de bien ressentir à chaque fois la qualité du lien, par l’ombilic en quelque sorte. Observer qu’il n’y a pas de danger. Qu’il y a là une qualité de présence, une intimité même, amicale et rassurante. Sans danger, sans ambiguïté.
Précautions à prendre
Exercice à ne pas faire avec un particulier, que vous ne connaissez pas, dont vous ne savez pas de quel traumatisme il ou elle a pu être victime dans son enfance. le corps est la mémoire du passé, et le disque dur où sont stockées toutes les émotions. Attention tout de même à ne pas jouer aux apprentis sorcier avec le coaching par le corps. Certes, j’ai affaire ici à quelqu’un dont je ne sais évidemment rien de son passé. Mais je constate tout de même des évidences :
- la structure solide de son individualité, à travers l’authenticité de sa demande,
- l’honnêteté et la lucidité de ses réponses,
- la qualité de son écoute,
- la texture du lien.
Autant de signes qui me font oser m’avancer dans cette voie avec cette personne. Et, puis on peut procéder par essais-erreurs et rectifications. Je tente, je vois ce que ça donne, je m’ajuste. Et « tant que je gagne je joue » 🙂 Donc j’avance ! Si je sens une résistance, évidemment je m’arrête. Et éventuellement je change d’orientation dans la séance. Trêve de ces avertissements et précautions nécessaires, reprenons le fil de notre séance.
Inverser les polarités pour apprendre l’enracinement du coach
Je lui propose aussi d’explorer le fait de me parler depuis l’arrière des talons, et de m’écouter depuis les avants-pieds. Et là, évidemment, c’est moins naturel. Donc moins facile. Je lui fais remarquer qu’en essayant tout de même, il me parle d’une voix plus aiguë, et en passant par le mental (il m’explique pourquoi c’est difficile, et se réfugie dans du descriptif et des concepts. Typiquement le refuge dans le mental, auquel il faisait allusion en début de séance, quand il disait les raisons de vouloir travailler « l’enracinement du coach »). Nous observons cela, avec un sourire partagé. Et de nouveau il y a l’émotion qui survient. Car il voit à cette occasion : comment il se réfugie dans le mental, au lieu de descendre dans le corps. Je fais remarquer que ce n’est pas qu’une tactique de fuite et d’évitement. C’est aussi une compétence très utile pour pouvoir se dégager, et soulager le client ou soi-même en cas de trop forte pression. tout est une question de dosage. Mais qu’il est également intéressant de repérer le chemin, pour pouvoir le faire dans l’autre sens, quand on veut s’engager. Nous convenons que le job d’un coach est justement de montrer au client comme s’engager de façon saine, en en faisant la démonstration soi-même. C’est d’ailleurs cette qualité de lien qui « soigne » le client parfois, et qui lui permet en tous cas de se confier, et de se sentir suffisamment en sécurité pour envisager les remises en question dont il a besoin.
S’enraciner dans le corps et dans la relation, au service du client
C’est ainsi qu’en passant par le corps, nous avons pu explorer la qualité de notre lien à nous, en tant qu’échantillon témoin du principe de toute relation. Ensuite, ce coach pourra reproduire des expériences avec d’autres, et goûter, sans risque de fusion, à la qualité de la relation intime avec ses clients. J’ai eu l’occasion de lui faire sentir, comment quand je lui parlais, j’investissais mes mots, mes pensés, mes intentions, dans une attitude d’ouverture, qui oser aller au contact, sans crainte,. Mais sans insistance non plus. Sans lourdeur, sans indiscrétion, en respectant nos pudeurs et nos seuils respectifs. C’est modélisant de faire un arrêt sur image et de constater, de ressentir, pour bien saisir et différencier les choses subtiles dans sa propre expérience. Je lui ai dit aussi, que parfois, je ne sentais pas sa présence en retour. Je lui montrais donc, très concrètement dans notre relation, la différence de ressenti en lui quand il m’écoutait avec sa tête ou quand il m’écoutait avec son coeur, depuis son corps. En finissant cette séance d’une heure, mon client ressentait une chaude sensation dans le ventre, amicale, apaisante, bienveillante. Il parlait de ce qu’il sentait de lui-même ! Il nous a semblé qu’il s’était engagé à la fois dans le corps et dans la relation. Nous étions tous deux contents de cette séance d’enracinement du coach, chacun de son côté et ensemble.
La suite de la séance de supervision sur l’ancrage
Certes, il va falloir qu’il continue de travailler sur cette thématique. Comme nous tous. Mais, au moins, il a amorcé la pompe, concrètement par une « première expérience » d’enracinement de coach au sein d’une relation professionnelle de coaching (de supervision, mais c’est pareil !). Il a apprécié que c’était bon, et que ce n’était pas dangereux. Nous avons ensuite évoqué le genre de choses qu’il ne voulait pas ressentir. Et les moyens de s’exonérer de l’emprise de telles sensations intérieures : quand le client est intrusif, quand c’est « collant », quand soi-même on peut être indiscret parfois sans le vouloir, etc… Et nous avons vu comment repasser par le mental dans ces cas là, pouvait représenter un excellent recours pour reprendre de la distance, sans bouger de sa chaise. En Qi Gong, on apprend et on expérimente que la légèreté des mouvements des bras, ne peuvent survenir que depuis un fort enracinement dans les jambes et dans le bassin.
tarifs de supervision de coach
Un dernier extrait de séance de supervision illustre encore comment le superviseur s’évertue à incarner lui-même le comportement cible que le client du coach cherche à s’approprier…
Le coaching systémique va direct à l’Essentiel !
- Client : Je voudrais aborder le cas d’une cliente que je coache en ce moment, qui est étrangère et a quitté son pays pour s’installer provisoirement en France. Elle veut toujours se sentir légère pour pouvoir partir s’il y avait un problème. Partir d’un pays, changer de métier, changer de vie, mais surtout ne pas rester enfermée… Pendant ses séances de coaching, elle glisse d’un sujet de travail à un autre sans se soucier de cohérence, ne suivant que son inspiration et sa créativité. Elle fait un excellent travail sur elle-même, manifestement et cela donne des résultats très satisfaisants pour elle, mais elle manque d’enracinement à mon avis, et elle y gagnerait en profondeur et en puissance si elle pouvait se poser davantage. Elle vit cela, parce que… (et le client de m’expliquer plein d’éléments de contexte pour illustrer son analyse et motiver son désir de travailler cet aspect du coaching avec elle).
- Superviseur (après un certain temps d’écoute) : Puis-je vous interrompre un instant ?
- Client : Oui
- Superviseur : Quel geste de coaching êtes-vous en train de pratiquer en ce moment même, alors que vous décrivez le contexte de ce cas ?
- Client : Je rassemble des éléments, pour vous aider à comprendre… Ah oui, c’est vrai que vous, vous ne cherchez pas à comprendre (puisque vous n’êtes pas un expert mais un candide qui accompagne sans comprendre » : vous avez vu ?…
- Client : (reste en silence…) Je crois que je pourrais l’aider plutôt à s’offrir une permission de stabilité, plutôt que de se contraindre à l’enracinement…
- Superviseur : Oh, c’est joli, ça ! C’est un joli recadrage, mais regardons ce qui vient de se passer, qui encore plus joli : je vous invite à vous enraciner vous-même, et vous me répondez comment vous allez vous occuper d’elle ( à se donner une permission, plutôt qu’à s’enraciner !)… Je me permets donc d’insister : que gagneriez-vous, vous-même, à vous enraciner maintenant, à la fois dans cette séance de manière générale, et dans votre intention première de travailler l’enracinement avec votre cliente ?
- Client : Ah oui, je faisais comme elle finalement, je glissais et changeais d’angle d’attaque… C’est amusant, en effet. Vous voulez dire que moi aussi je manque d’enracinement ?
- Superviseur : Je veux dire, que pour accompagner votre cliente à s’enraciner (pourquoi pas ? C’est votre intuition, elle doit être bonne), vous ne pouvez pas ne pas vous enraciner vous-même. Et puisque vous en parlez avec moi, pourquoi ne pas en vivre l’expérience tout de suite, pendant que je fais la même chose de mon côté : Comment pourriez-vous sentir davantage vos racines, maintenant ?
En coaching systémique, le meilleur moment c’est toujours : maintenant !
- Client : Je peux sentir mes pas pendant que je marche, je peux sentir ma respiration pendant qu’on parle ensemble…
- Superviseur : Comment l’écoute de la profondeur de ce silence, vous met-elle en contact avec la profondeur de vous même, à l’écoute de l’écoute elle-même, à l’écoute de vous en train d’écouter ?… (silence partagé)
- Client : OK, merci, je ressens maintenant ce que vous suggérez depuis tout-à l’heure avec ces histoires de liens systémiques entre le client et le coach (voir début de la séance dans ce précédent article sur le coaching systémique). Donc si je l’écoute de cette façon, en étant moi-même bien enraciné dans la relation, dans l’ici et maintenant, elle le ressentira comme une invitation à le vivre aussi, mais sans recourir à des questions ou des discours sur les bienfaits de l’enracinement…
- Superviseur : OK, et votre deuxième sujet sur l’agilité : est-il temps pour vous de l’envisager depuis votre enracinement présent ?
- Client : Oui ce client est tombé amoureux et voudrait changer les objectifs de son coaching en cours, pour y voir clair sur ce qu’il ressent en ce moment.. Je ne sais pas si c’est juste d’accepter ce changement de cap, au détriment des objectifs précédents…
- Superviseur : En quelque sorte, il voudrait enraciner son coaching dans son actualité ?
- Client : Oui, je peux accepter qu’il change d’orientation ? Mais pour autant, on était sensé travailler sur son positionnement au codir…
- Superviseur : Comment pourriez-vous non seulement travailler sur les deux sujets et non pas l’un OU l’autre, mais en plus : travailler sur son « positionnement » au sein de son expérience amoureuse ? Et aussi, ses sentiments et émotions quand il est au comité de direction ?
- Client : Je pourrais lui proposer de faire des liens entre ce qu’il vit et qui stimule intensément ses sentiments et son expérience professionnelle… Je ferais d’une pierre deux coups ! Je pourrais lui proposer de réfléchir à comment mettre un peu de coeur dans son positionnement au Codir et un peu de rigueur dans l’écoute de son coeur, au travers de son expérience amoureuse… Cela me donne plein d’idées nouvelles…
Si vous souhaitez une séance de supervision de coach avec moi, n’hésitez pas à me contacter directement. Vous m’expliquerez votre projet/besoin de supervision, et après avoir vérifié que le courant passe bien entre nous, nous verrons ensemble quel format de supervision vous convient le mieux.
FAQ – Supervision Systémique et Enracinement en Coaching
Réponses aux questions clés sur la supervision systémique et l'enracinement du coach dans le corps et la relation
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Qu’est-ce que la supervision systémique ?
La supervision systémique est une approche spécifique de coaching qui se focalise sur les liens et échos systémiques, la synchronicité et le transfert. Elle invite à une présence vivante et spontanée, en permettant au superviseur et au client de repérer et d’explorer ensemble les dynamiques qui se jouent durant la séance.
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Quels sont les éléments clés d’une séance de supervision systémique ?
En séance, on observe une attention particulière à l’instant présent et aux résonances entre les thèmes abordés par le client et les ressentis du coach. Le superviseur pose des questions qui invitent à l’exploration de liens invisibles, tout en laissant le temps aux réponses d’infuser naturellement durant la rencontre.
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Pourquoi l’enracinement du coach est-il essentiel dans sa pratique ?
L’enracinement du coach est crucial parce qu’il conditionne la qualité de l’écoute et de la présence. En étant solidement ancré dans son propre corps et dans la relation, le coach peut mieux percevoir ses sensations et adapter sa posture, ce qui crée un environnement sécurisant et ouvert pour favoriser l’évolution du client.
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Quels sont les deux points d’appui proposés pour l’enracinement du coach ?
D’après l’article, l’enracinement repose sur deux axes principaux : son propre corps et la relation. Cela implique que le coach doit être attentif à ses sensations physiques (par exemple, en sentant le poids sur ses pieds ou l’expansion du bas-ventre) et cultiver une relation authentique et sécurisante avec le client.
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Comment se déroule la pratique de l’enracinement durant une séance de coaching ?
La pratique se décline en plusieurs exercices concrets : débuter par observer le poids du corps sur les pieds, expérimenter une légère marche en synchronisant les pas avec la respiration, puis explorer l’enracinement dans le bas-ventre. Ensuite, ces sensations sont élargies à la relation, en invitant le client à ressentir le lien, même à distance (par exemple, via des exercices symboliques au téléphone).
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Quelles précautions doit-on prendre lors du coaching par le corps ?
Il est important de veiller à ne pas imposer ces exercices à une personne dont l’histoire ou les traumatismes ne sont pas connus. Le coaching par le corps demande de respecter les limites individuelles, de créer un cadre de sécurité, et de procéder avec une approche progressive et adaptée à la sensibilité de chacun.
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Comment la supervision systémique influence-t-elle le processus de coaching ?
En révélant les liens systémiques et en invitant à une remise en question des postures habituelles, la supervision systémique permet au coach de prendre conscience de ses propres modes de fonctionnement. Cette démarche favorise une transformation profonde, aussi bien pour le coach que pour ses clients, en alignant le processus de coaching sur l’instant présent et la dynamique relationnelle.