Cet article propose un parallèle original entre les 3 étages de la respiration en yoga et les 3 étapes d’un coaching d’équipe. Il existe dans la nature humaine une architecture invisible, une structure en trois dimensions qui traverse toutes nos expériences. Comme un immeuble à trois niveaux, notre existence se déploie selon une verticalité organique que l’on retrouve dans notre constitution psychosomatique, dans notre respiration et même dans les processus de transformation collective. Cette correspondance n’est pas une coïncidence : elle révèle une loi fondamentale de la vie.

Premier étage : le socle du donné

Au rez-de-chaussée de notre être résident les instincts, ces forces primordiales qui nous habitent sans que nous les ayons choisies. Ce sont nos pulsions vitales, notre ancrage dans la matière, tout ce qui relève du corps et de ses besoins fondamentaux. C’est le territoire de ce qui nous est donné par la vie elle-même.

Dans la respiration, cet étage correspond au mouvement du diaphragme qui s’abaisse, créant l’espace pour que l’air entre naturellement dans les poumons. Ce geste premier ne demande aucun effort conscient chez le nouveau-né : c’est un don de la vie, un automatisme inscrit dans notre chair. La respiration abdominale nous ramène à cette dimension primaire, terrestre, à notre nature animale.

En coaching d’équipe, cet étage se manifeste dans l’ingénierie de l’architecture miroir : la structure que nous concevons, le cadre que nous posons, les règles du jeu qui sont données au groupe avant même que la dynamique ne s’enclenche. C’est le socle déterminé, la grande part de ce qui est établi d’avance et qui conditionne largement ce qui va se passer. Comme notre bagage génétique ou notre histoire familiale, cette architecture est un déterminisme assumé.

Deuxième étage : l’espace de l’ouverture

Au-dessus vient le monde des sentiments, de la sensibilité, de tout ce qui vibre entre nous et le monde. Ce n’est plus seulement l’instinct brut, c’est la capacité à être touché, ému, relié. C’est ce qui nous est offert si nous acceptons de nous ouvrir à ce qui est là.

La respiration thoracique, celle qui ouvre les côtes latéralement, incarne parfaitement cette dimension. Elle demande une présence, une disponibilité. Elle crée un espace relationnel, une capacité d’accueil de ce qui vient. Ni purement automatique comme le diaphragme, ni totalement volontaire, elle se situe dans cet entre-deux où nous collaborons avec la vie.

Dans le coaching d’équipe, c’est l’animation qui fait circuler l’énergie du groupe et relie les personnes entre elles. Le facilitateur crée du lien, ouvre des passages, permet que quelque chose circule. C’est un travail d’ouverture et de mise en relation qui ne peut se planifier entièrement : il faut être présent à ce qui émerge, sensible aux mouvements subtils du collectif. Une part importante du résultat dépend de cette qualité d’animation, de cette capacité à faire respirer le groupe ensemble.

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Troisième étage : la promesse de la conscience

Tout en haut se trouve l’esprit, la pensée dans sa dimension la plus haute, la spiritualité qui nous relie à quelque chose qui nous dépasse. C’est le domaine de ce qui nous est promis, de notre potentiel le plus élevé, de ce vers quoi nous pouvons tendre sans jamais l’atteindre complètement.

La respiration claviculaire, celle qui élève la cage thoracique pour faire monter l’air sous les clavicules, illustre cette verticalité. C’est le souffle le plus subtil, le plus conscient, celui qui demande le plus de présence et d’intention. Il ne représente qu’une petite partie du volume respiratoire total, mais il ouvre à une dimension différente de l’expérience.

En coaching, ce sont les effets coaching à proprement parler : ces moments de prise de conscience, d’insight, de déclic qui transforment réellement la manière dont une personne ou un groupe se voit et agit. Ces moments sont infimes en durée, ils ne représentent qu’une fraction du temps passé ensemble. Pourtant, c’est cette cerise sur le gâteau qui fait toute la différence entre du conseil (qui donne des solutions), de la facilitation (qui organise les échanges) et du vrai coaching (qui provoque des transformations intérieures).

La part infime qui change tout

Voici le paradoxe fascinant : dans ce triptyque, le troisième étage est quantitativement le plus petit mais qualitativement le plus déterminant.

Dans notre vie psychique, la spiritualité occupe probablement moins de place que nos instincts et nos émotions, mais c’est elle qui donne sens à l’ensemble et nous rend pleinement humains.

Dans la respiration, le souffle claviculaire est le plus petit en volume, mais c’est lui qui permet d’accéder aux états de conscience les plus subtils dans les pratiques méditatives.

Dans le coaching d’équipe, les moments de véritable prise de conscience sont rares et brefs comparés au temps passé à structurer et animer, mais ce sont eux qui créent la transformation durable.

C’est l’image même du libre arbitre face au déterminisme : nous sommes largement déterminés par notre biologie, notre histoire, nos conditionnements (premier étage), par nos relations et notre environnement (deuxième étage). La marge de liberté réelle est infime. Mais c’est précisément dans cet espace minuscule que se joue l’essentiel de notre humanité. C’est là que nous pouvons dire « je » et choisir, même à la marge, qui nous voulons être.

Respirer pleinement, vivre complètement

Cette architecture à trois étages nous invite à une pratique : celle de la respiration complète, qui intègre les trois dimensions en un seul mouvement harmonieux. Inspirer d’abord en laissant le ventre se gonfler (le donné), puis en ouvrant les côtes (l’offert), enfin en élevant légèrement les clavicules (le promis). Expirer en sens inverse, du haut vers le bas, en laissant redescendre ce qui doit redescendre.

Cette respiration yogique n’est pas seulement une technique : c’est une manière d’habiter notre verticalité, de reconnaître que nous sommes à la fois animal, être sensible et conscience éveillée. Elle nous rappelle que la vie nous traverse à ces trois niveaux et que notre tâche est d’apprendre à les accorder, comme on accorde les trois cordes d’un instrument.

Dans nos vies de dirigeants, de coaches, de parents ou d’êtres humains simplement, nous pouvons nous demander : est-ce que j’accepte ce qui m’est donné ? Est-ce que je m’ouvre à ce qui m’est offert ? Est-ce que je tends vers ce qui m’est promis ?

Car vivre pleinement, c’est peut-être cela : respirer sur les trois étages, habiter notre architecture complète, reconnaître la puissance du déterminisme tout en cultivant précieusement cette infime étincelle de liberté qui fait toute la différence.

Étude de cas : Le comité de direction qui ne respirait que d’un poumon

Pour illustrer concrètement cette architecture à trois étages, laissez-moi vous raconter l’histoire d’un comité de direction de douze personnes que j’ai accompagné pendant un an. L’entreprise, un groupe industriel en pleine transformation, traversait des tensions entre les directions historiques (production, commercial) et les nouvelles fonctions (digital, innovation, RSE). Les réunions étaient polies mais stériles. Tout le monde sentait qu’on tournait en rond.

Premier étage : l’architecture miroir (le donné)

Avant même la première séance, j’ai passé trois semaines à concevoir l’architecture du dispositif. J’ai construit ce que j’appelle une « architecture miroir » : une structure qui reflète les dynamiques inconscientes de l’équipe pour les rendre visibles et travaillables.

Concrètement, j’ai décidé que :

Cette architecture était donnée au groupe. Non négociable. Elle représentait environ 70% de ce qui allait déterminer le résultat. Comme le diaphragme qui se contracte sans qu’on y pense, cette structure allait travailler le groupe de manière presque automatique. Sans elle, rien n’aurait été possible. Mais avec elle seulement, nous n’aurions obtenu qu’un beau cadre vide.

Deuxième étage : l’animation relationnelle (l’offert)

Lors de la troisième séance, quelque chose s’est ouvert. Dans un sous-groupe, Marie, directrice commerciale, a évoqué avec émotion la difficulté de défendre ses équipes face aux exigences de productivité. Son émotion était palpable. J’ai senti le groupe se figer, comme s’il retenait son souffle.

C’est là qu’intervient le deuxième étage : l’animation. Mon rôle n’était plus d’appliquer la structure mais de faire circuler ce qui venait d’émerger. J’ai proposé que chacun, à tour de rôle, partage un moment où il avait ressenti cette même impuissance. Le silence a duré longtemps. Puis Thomas, directeur de production, a parlé. Puis d’autres.

Pendant quarante minutes, j’ai simplement ouvert des passages, comme on ouvre des côtes pour laisser entrer plus d’air. J’ai ralenti le rythme, créé des silences, reformulé pour relier ce que disait l’un à ce qu’avait dit l’autre. J’ai nommé ce que je voyais : « Je sens que quelque chose se détend dans le groupe. » J’ai invité les regards à se croiser. J’ai fait circuler l’énergie émotionnelle qui était offerte si nous acceptions de nous y ouvrir.

Cette qualité d’animation représentait peut-être 25% de la valeur du travail. Sans l’architecture du premier étage, cette ouverture n’aurait pas été possible. Mais sans cette présence sensible, l’architecture serait restée froide et mécanique. Nous aurions eu une bonne facilitation, une belle circulation de parole. Mais pas encore du coaching.

Troisième étage : l’effet coaching (le promis)

Vers la fin de cette même séance, lors de la restitution collective, quelque chose d’inattendu s’est produit. Jacques, le directeur général, a pris la parole. Il a dit : « Je viens de réaliser que je reproduis avec vous ce que mon père faisait avec nous à table : je distribue la parole, je contrôle, je veille à ce que tout le monde mange correctement. Et je ne mange jamais vraiment moi-même. »

Le silence qui a suivi était d’une autre nature. Ce n’était plus le silence de l’écoute ou de l’émotion partagée. C’était le silence de la prise de conscience. Quelque chose venait de se révéler qui ne pouvait plus être ignoré.

J’ai alors posé une question : « Et si vous mangiez vraiment, Jacques, qu’est-ce qui changerait pour ce comité de direction ? »

Ce qui s’est déployé dans les minutes suivantes relève de ce troisième étage : plusieurs membres ont pris conscience qu’ils laissaient Jacques porter seul la responsabilité de la cohésion, qu’ils se plaignaient de ne pas être écoutés mais qu’ils ne s’écoutaient pas vraiment entre eux, qu’ils attendaient que le dirigeant change avant de changer eux-mêmes.

Ces moments d’insight, ces prises de conscience en cascade, n’ont duré que quinze minutes sur les trois heures de la séance. Quantitativement, c’est infime : 5% du temps, peut-être 5% de la « valeur ». Mais qualitativement, c’est tout. C’est la différence entre une réunion bien organisée, une facilitation émotionnellement intelligente, et du vrai coaching systémique.

La valeur ajoutée du coaching complet

Six mois plus tard, ce comité de direction fonctionnait radicalement différemment. Les réunions mensuelles « normales » (sans moi) avaient changé de nature. Les décisions se prenaient plus vite. Les conflits se traitaient en direct. Jacques osait montrer ses doutes. L’équipe s’autorisait à le challenger.

Ce qui avait changé, ce n’était pas la structure (elle était déjà bonne avant), ni même la qualité relationnelle (ils étaient déjà des gens bien). Ce qui avait changé, c’était la conscience qu’ils avaient de leurs fonctionnements invisibles et la capacité qu’ils avaient développée de les transformer.

Voilà ce que fait le coaching complet, systémique, qui travaille sur les trois étages :

Sans le premier étage, on a de belles intentions mais pas de cadre pour les incarner. Sans le deuxième, on a un cadre rigide mais pas de vie. Sans le troisième, on a une belle expérience mais pas de transformation profonde.

C’est exactement comme la respiration complète : les trois étages ensemble créent une cohérence qui dépasse la somme des parties.


Questions fréquentes

Peut-on faire du coaching d’équipe sans cette structuration aussi poussée ?

Oui, et cela se fait couramment. Mais sans architecture solide, vous êtes à la merci des dynamiques spontanées du groupe, qui reproduisent généralement les schémas habituels. C’est comme vouloir construire un immeuble sans fondations : les étages supérieurs s’écroulent. L’architecture miroir, ce n’est pas du luxe ou du formalisme, c’est ce qui permet au groupe de sortir de ses ornières habituelles.

Quelle est la différence entre facilitation et coaching ?

La facilitation travaille principalement sur les deux premiers étages : elle structure les échanges et fait circuler la parole. C’est déjà précieux. Le coaching va au troisième étage : il vise des prises de conscience qui transforment la manière dont les personnes se voient elles-mêmes et voient leurs relations. Un facilitateur aide un groupe à produire ensemble. Un coach aide un groupe à se transformer ensemble.

Ces trois étages doivent-ils toujours être présents dans cet ordre ?

Dans la respiration yogique, oui, l’ordre compte : ventre, côtes, clavicules. Dans le coaching, c’est plus subtil. L’architecture (premier étage) doit être posée dès le début. Mais les moments d’animation relationnelle (deuxième étage) et de prise de conscience (troisième étage) s’entrelacent souvent. Ce qui est constant, c’est que sans le premier, rien ne tient, et que le troisième est toujours le plus rare mais le plus décisif.

Comment savoir si on est en train de vivre un moment de « troisième étage » ?

Il y a des signes : un silence particulier, une qualité d’attention différente, souvent quelqu’un qui dit « je viens de comprendre quelque chose » ou « je réalise que… ». C’est un moment où le temps semble suspendu. Comme coach, on sent qu’on a touché quelque chose d’essentiel. Mais attention : on ne peut pas forcer ces moments. On peut seulement créer les conditions (structure et animation) pour qu’ils adviennent.

Peut-on appliquer cette approche des trois étages à l’accompagnement individuel ?

Absolument. En coaching individuel aussi, il y a une structure (le cadre de l’accompagnement, le rythme des séances, les outils utilisés), une dimension relationnelle (la qualité de présence, l’alliance), et des moments de prise de conscience. La triade fonctionne à toutes les échelles. C’est d’ailleurs pourquoi elle est si puissante : elle révèle une loi fondamentale du vivant.

Quel lien faites-vous entre cette approche et le Qi-Gong ou le yoga ?

Le Qi-Gong et le yoga m’ont appris que le corps est un maître de sagesse. La respiration à trois étages n’est pas une métaphore que je plaque sur le coaching : c’est une réalité physiologique qui m’a révélé une structure universelle. Quand je guide une respiration complète en début de séance de coaching, je ne fais pas une technique de relaxation, je propose une expérience incarnée de cette architecture à trois dimensions. Le corps sait des choses que le mental ignore encore.

Cette approche convient-elle à tous les types d’équipes ?

Oui, mais l’architecture doit être adaptée au contexte. Une équipe de dix personnes qui se connaît depuis dix ans n’a pas besoin de la même structure qu’une équipe de cinquante personnes qui se forme. Une équipe en crise n’a pas les mêmes besoins qu’une équipe qui veut monter en performance. Ce qui reste constant, c’est la nécessité de travailler sur les trois étages : toujours structurer, toujours animer, toujours viser la transformation consciente.

Combien de temps faut-il pour voir des résultats ?

Les effets des deux premiers étages (structure et animation) sont souvent immédiats : dès la première séance, les gens sentent que « ça circule mieux ». Les effets du troisième étage (prises de conscience et transformation durable) prennent plus de temps à s’installer. Comptez au minimum trois à six mois pour qu’une équipe intègre vraiment ses nouvelles façons de fonctionner. C’est comme la respiration : on peut apprendre le geste en une séance, mais il faut des mois de pratique pour qu’il devienne naturel.

Paul Devaux

Coach professionnel

Depuis 25 ans, Paul pratique le Coaching professionnel en entreprise, dans une approche systémique. Accrédité à la Société Française de Coaching en 2008, il est également formateur et superviseur de Coachs depuis 2010. Egalement fondateur d'une école de coaching (voir NRGY-trainig.fr).

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