Introduction : Le RRH, sentinelle et rempart
Pour un Responsable des Ressources Humaines, la gestion des « personnalités difficiles » ne relève plus seulement du relationnel, mais d’une véritable gestion des risques. Un comportement toxique non traité est une bactérie qui s’attaque à la culture d’entreprise, dégrade la marque employeur et fait exploser les indicateurs de turnover et d’absentéisme.
Cet article vise à vous donner les clés de lecture psychologiques pour sortir du simple constat émotionnel (« il/elle est insupportable ») et entrer dans une analyse structurelle. Comprendre la mécanique de la toxicité est le premier pas pour protéger vos équipes et, par extension, votre propre santé mentale.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’un comportement toxique ? (Définition et mécanisme)
- L’éclairage des experts : De Freud à Hirigoyen
- Pourquoi la toxicité est-elle « contagieuse » ?
- Le rôle pivot (et ingrat) de la RRH
- FAQ : Questions de terrain
- Action : Vers une transformation durable
1. Qu’est-ce qu’un comportement toxique ?
La toxicité en milieu professionnel ne se résume pas à une simple mauvaise humeur. Elle se définit par la répétition et l’asymétrie. C’est un mode d’interaction qui altère durablement l’estime de soi de l’autre et la sécurité psychologique du groupe.
On y retrouve souvent :
- Le dénigrement systématique.
- La rétention d’information (le pouvoir par le secret).
- L’instabilité émotionnelle utilisée comme outil de pression.
- L’évitement de toute responsabilité personnelle.
2. L’éclairage des experts : Comprendre pour agir
Pour éclairer ce phénomène, il faut se pencher sur les travaux de grands cliniciens qui ont théorisé ces rapports de force.
Marie-France Hirigoyen : Le Harcèlement Moral
Psychiatre et psychothérapeute, elle a popularisé le concept de harcèlement moral. Selon elle, la toxicité commence par une « entreprise de démolition » de l’autre. Le processus est pervers car il est souvent subtil : des non-dits, des sous-entendus, une froideur calculée qui pousse la victime à douter de sa propre perception.
Alberto Eiguer : Le Pervers Narcissique
Le psychanalyste Alberto Eiguer décrit le manipulateur comme une personne qui « s’approprie les qualités de l’autre » pour combler son propre vide intérieur. En entreprise, cela se traduit par un manager qui s’attribue les succès de son équipe tout en rejetant ses échecs sur ses subordonnés.
Christophe Dejours : La Souffrance au Travail
Pour ce père de la psychodynamique du travail, la toxicité peut aussi être systémique. Ce n’est pas toujours un individu qui est « méchant », mais l’organisation qui pousse à des comportements déloyaux pour atteindre des objectifs irréalistes. Il parle de la « banalisation du mal » lorsque le collectif ferme les yeux sur des agissements toxiques par peur ou par conformisme.
3. Pourquoi la toxicité est-elle réputée « toxique » ?
Elle est toxique au sens biologique du terme : elle empoisonne l’environnement.
- Le coût cognitif : Un collaborateur qui subit un comportement toxique passe 50% de son temps à élaborer des stratégies de défense au lieu de travailler.
- La contagion émotionnelle : Le stress sécrété par la victime et l’agressivité du bourreau créent un climat de cortisol (hormone du stress) élevé pour tout l’open-space.
- L’érosion de la confiance : Une fois la confiance brisée, le dialogue social devient impossible, rendant chaque projet laborieux.
FAQ : Les réponses aux situations complexes
Comment différencier un manager exigeant d’un manager toxique ? L’exigence porte sur le résultat et les faits ; elle est prévisible et constructive. La toxicité porte sur la personne ; elle est arbitraire, changeante et vise à diminuer l’autre plutôt qu’à le faire grandir.
Un collaborateur toxique peut-il changer ? Rarement sans une prise de conscience profonde (souvent déclenchée par une crise ou une sanction). Si le comportement est lié à un trouble de la personnalité (narcissisme pathologique), le changement est quasi impossible dans le cadre de l’entreprise.
Que faire quand la toxicité vient de la Direction ? C’est le cas le plus difficile pour une RRH. Ici, l’enjeu est de documenter les risques juridiques et de santé au travail pour alerter sur le coût financier et pénal de cette toxicité, seul levier parfois entendu à ce niveau.
Le licenciement est-il la seule issue ? Non, mais la médiation ne fonctionne que si les deux parties sont de bonne foi. Si la toxicité est avérée, le départ (ou le déplacement) de l’élément perturbateur est souvent la seule solution pour sauver le reste de l’équipe.
Sortez de l’étau : Passez à l’action
En tant que RRH, vous n’avez pas à porter seule le poids de la régulation émotionnelle de l’entreprise. La solitude du décideur face à la pathologie du lien est un facteur d’épuisement professionnel.
Pour vos équipes : Le Coaching d’Équipe
Redonnez de l’oxygène à vos collectifs. Le coaching d’équipe permet de purger les non-dits, de redéfinir les règles du « vivre ensemble » et de restaurer la sécurité psychologique nécessaire à la performance.
Pour vous : Le Coaching de RH
Parce que vous êtes en première ligne, vous avez besoin d’un espace de supervision pour analyser ces situations complexes, prendre du recul et affiner vos stratégies d’intervention sans y laisser votre santé.
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Fiche mémo pour le RRH ou le manager : script de recadrage d’un comportement déplacé
1. Poser le cadre de la discussion
« Je voudrais prendre un moment pour te faire un retour précis sur certains comportements observés récemment. L’objectif n’est pas de te juger, mais d’améliorer notre fonctionnement collectif et notre efficacité. »
Métaphore utile
Un feedback, ce n’est pas un procès, c’est un réglage de trajectoire, comme quand on ajuste le cap d’un avion avant qu’il ne s’éloigne trop.
2. Décrire les faits, sans interprétation
« Lors des trois dernières réunions, j’ai observé que tu interrompais fréquemment les autres et que tu prenais la parole sans attendre la fin des échanges. »
Règle d’or
Ne jamais dire « tu es », toujours dire « j’observe que tu fais ».
Citation utile
Peter Drucker disait :
« Ce qui est mesuré s’améliore. »
Les faits sont mesurables, les jugements ne le sont pas.
3. Expliquer l’impact
« L’impact, c’est que certains membres de l’équipe participent moins, et que nous passons à côté de points importants. Cela crée aussi de la tension dans le groupe. »
Métaphore
Un comportement peut être comme une musique trop forte : même si la mélodie est bonne, elle empêche les autres instruments de s’entendre.
4. Rappeler l’attente claire
« Ce que j’attends de toi, c’est que tu laisses chacun aller au bout de ses idées et que tu respectes les temps de parole, même lorsque tu es en désaccord. »
Point clé
Une attente claire doit être observable.
Pas « sois plus respectueux », mais « attends ton tour de parole ».
5. Inviter à la responsabilité (posture coaching)
« Comment comprends-tu ce que je viens de dire ? Qu’est-ce que tu pourrais faire différemment dès la prochaine réunion ? »
Citation inspirante
Stephen Covey :
« La responsabilité est la capacité de choisir sa réponse. »
6. Co-construire un engagement concret
« Concrètement, qu’est-ce que tu t’engages à tester lors des deux prochaines réunions ? Je te proposerai qu’on fasse un point ensemble ensuite. »
Exemple d’engagement efficace
« Je note mes idées et j’attends la fin du tour de table avant d’intervenir. »
7. Clore avec soutien et fermeté
« Je sais que ton expertise est précieuse pour l’équipe. En même temps, ce point est non négociable pour moi, car il touche au fonctionnement collectif. Je compte sur toi. »
Métaphore de clôture
Le message est : “Je te tends la main, mais je garde le cadre.”
Variante courte pour situations très tendues
« Je vais être direct. Ce comportement pose un problème pour l’équipe. Je suis prêt à t’aider à le faire évoluer, mais il doit changer. Comment souhaites-tu t’y prendre ? »
Quand ce script fonctionne le mieux
- Le manager est calme et préparé
- Les faits sont récents et précis
- Le message est cohérent avec ce qui est toléré ailleurs
- Un suivi est prévu (sinon le message perd sa crédibilité)
Ce que ce script n’est pas
- Une séance de thérapie
- Une négociation sur le cadre
- Une attaque personnelle
Comme le dit la coach et chercheuse Brené Brown :
« La clarté est une forme de bienveillance. »
Un coaching d’équipe, et plus spécifiquement un coaching systémique, peut jouer un rôle décisif lorsqu’une équipe a été exposée à des comportements toxiques répétés (autoritarisme, manipulation, agressivité, dénigrement, passivité destructrice) et qu’elle en garde des séquelles durables, même après le départ ou la mise à l’écart des personnes concernées.
On ne parle plus alors de “résoudre un problème”, mais de réparer un système relationnel abîmé.
Ce que laisse une toxicité répétée dans une équipe
Avant de comprendre l’apport du coaching, il faut nommer les traces laissées. Les équipes touchées présentent souvent :
- une perte de confiance interpersonnelle
- une autocensure généralisée (“mieux vaut se taire”)
- une vigilance excessive, parfois de la méfiance
- des alliances informelles et des non-dits
- une confusion entre protection et évitement
- un manager fragilisé ou discrédité par ricochet
Métaphore pédagogique
Une équipe toxifiée ressemble à un sol pollué : même après avoir retiré la source de pollution, rien ne repousse tant que la terre n’a pas été assainie.
Citation éclairante
Edgar Schein, père de la culture organisationnelle, écrivait :
« Les problèmes culturels ne se résolvent pas par des décisions, mais par des expériences correctrices. »
Ce qu’un coaching d’équipe systémique apporte spécifiquement
1. Sortir de la focalisation sur les individus
Le coaching systémique ne cherche pas “qui a fait quoi”, mais comment le système a permis, toléré ou amplifié ces comportements.
Cela soulage fortement l’équipe, car :
- la culpabilité individuelle diminue
- la peur d’être jugé recule
- l’énergie se déplace du passé vers le fonctionnement futur
Métaphore
On ne répare pas une montre en accusant un engrenage : on regarde l’ensemble du mécanisme.
2. Mettre des mots sur l’indicible
Les équipes blessées savent souvent ce qui ne va pas, mais n’osent plus le dire.
Le coach crée un cadre sécurisé où :
- les ressentis peuvent être exprimés sans représailles
- les impacts des comportements toxiques sont reconnus
- la souffrance collective est légitimée
Cette reconnaissance est une étape clé de réparation.
Citation inspirante
Carl Rogers :
« Ce qui est nié ne peut être changé. Ce qui est reconnu commence à se transformer. »
3. Restaurer des frontières claires
Les comportements toxiques laissent souvent des frontières floues :
- entre rôle et personne
- entre exigence et abus
- entre loyauté et silence
Le coaching aide l’équipe à redéfinir :
- ce qui est acceptable
- ce qui ne l’est plus
- comment réagir collectivement en cas de dérive
Métaphore
C’est comme redessiner les lignes de touche d’un terrain après un match chaotique : le jeu ne peut reprendre que si les règles sont visibles.
4. Créer des expériences correctrices
Le coaching d’équipe ne se limite pas à parler. Il fait vivre des expériences relationnelles différentes :
- écoute sans interruption
- désaccords régulés
- feedbacks sécurisés
- décisions explicites
Ces expériences reconstruisent la confiance, non par discours, mais par vécu.
Citation
William James :
« La plus grande découverte de notre génération est que l’être humain peut changer sa vie en changeant ses habitudes relationnelles. »
Étude de cas : une équipe “performante mais abîmée”
Contexte
Équipe de 12 personnes dans une direction stratégique.
Historique de 3 ans sous un manager très performant mais autoritaire, humiliant en réunion, imprévisible.
Le manager a quitté l’entreprise, mais l’équipe reste figée :
- réunions silencieuses
- décisions lentes
- conflits passifs
- forte rotation des talents
Le nouveau manager est compétent, bienveillant, mais impuissant.
Intervention de coaching systémique
Phase 1 : diagnostic collectif
Le coach observe les réunions, mène des entretiens, cartographie :
- les peurs implicites
- les rôles figés
- les règles non dites héritées de l’ancien système
Constat clé
L’équipe fonctionnait encore comme si l’ancien manager était présent.
Métaphore utilisée avec l’équipe
« Vous avez quitté une maison, mais vous continuez à fermer les portes doucement pour ne pas réveiller quelqu’un qui n’y vit plus. »
Phase 2 : mise en mots de l’histoire collective
Lors d’un atelier, l’équipe travaille sur :
- ce qui a été vécu
- ce qui a été perdu
- ce qui n’est plus acceptable
Moment clé
Plusieurs membres expriment pour la première fois leur colère et leur fatigue.
Le groupe réalise que le silence était une stratégie de survie, pas un manque d’engagement.
Phase 3 : reconstruction des règles systémiques
L’équipe co-construit :
- des règles de désaccord explicites
- un droit d’alerte collectif en cas de dérive
- un rôle de régulation tournant en réunion
Le manager n’est plus seul garant du climat.
Phase 4 : ancrage dans le quotidien
Sur 6 mois :
- feedbacks réguliers
- rituels de régulation
- ajustements continus
Résultats observés :
- regain de participation
- décisions plus rapides
- retour de l’initiative
- baisse du turnover
Ce que le coaching a apporté, concrètement
- une réparation émotionnelle collective
- une sortie du mode survie
- une responsabilisation partagée
- une culture relationnelle plus mature
Métaphore finale
Le coaching n’a pas “réparé” l’équipe comme on répare une machine.
Il a réappris à l’équipe à respirer ensemble, après une longue apnée.
En synthèse
Un coaching d’équipe est pertinent quand :
- la toxicité a laissé des traces durables
- les comportements ont cessé mais les réflexes demeurent
- la confiance ne revient pas malgré la bonne volonté
Comme le disait Peter Hawkins, référence du coaching systémique :
« Le rôle du coaching d’équipe n’est pas de rendre l’équipe plus confortable, mais plus consciente et plus responsable.»







