Quand on se justifie, on entre dans ce que l’analyse transactionnelle (Eric Berne) appelle un jeu psychologique :
Un échange répétitif où chacun joue un rôle (Victime, Persécuteur ou Sauveur) et où personne ne gagne vraiment.
Celui qui se justifie devient la Victime, cherchant à convaincre ou à se faire pardonner.
L’autre, en face, devient le Juge : il écoute pour trancher, pas pour comprendre.
Résultat : plus vous expliquez, plus on vous demande d’expliquer encore.
C’est comme verser de l’eau dans un seau percé : ça ne remplit jamais.
Se justifier, c’est renforcer le reproche
Psychologiquement, se justifier revient à reconnaître la validité du reproche.
C’est comme si vous disiez :
“Oui, tu as raison de me mettre en cause, laisse-moi te prouver que j’avais de bonnes raisons.”
Or, plus vous argumentez, plus vous validez le cadre de l’autre.
Les études en communication non violente (Marshall Rosenberg, 1999) montrent que la justification maintient le focus sur la faute, non sur le besoin ou la solution.
Exemple concret :
- A : “Tu es toujours en retard.”
- B : “Oui mais il y avait des bouchons, et puis la réunion précédente a débordé…”
→ A entend : “Donc tu admets que tu es toujours en retard.”
Se justifier attire les reproches, comme les plaintes attirent les problèmes
Les personnes qui se justifient beaucoup envoient un signal implicite :
“Je cherche à être approuvé.”
C’est un appel d’air relationnel pour les critiques et les contrôlants.
De la même manière, les plaintes attirent l’attention… mais aussi la pitié, l’agacement ou la domination.
C’est la même mécanique : on se positionne en “infériorité psychologique”.
Chiffre intéressant :
Une étude Harvard Business Review (2019) sur les dynamiques d’équipe a montré que les collaborateurs qui “surjustifient” leurs décisions voient leur crédibilité perçue chuter de 20 à 30 % par rapport à ceux qui assument sobrement leurs choix (“J’ai décidé X pour ces raisons, et j’assume les conséquences.”).
La posture alternative : l’affirmation tranquille
Ne pas se justifier ne veut pas dire être fermé ou arrogant.
Cela veut dire assumer.
Remplacer la justification par l’explication sobre, ou mieux : par la responsabilité.
“J’ai pris cette décision car elle me semblait la plus cohérente à ce moment-là.”
“Tu n’es pas d’accord ? Parlons de ce qui te gêne.”
C’est une posture de maturité relationnelle : ni soumission, ni défense, mais présence.
En résumé
| Ce qu’on fait quand on se justifie | Ce que ça produit |
|---|---|
| On cherche à convaincre | On perd en crédibilité |
| On accepte le rôle de l’accusé | On nourrit le reproche |
| On alimente le jeu psychologique | On s’épuise |
| On veut être compris | On devient contrôlable |
Souvent, cesser de se justifier, c’est cesser de mendier la compréhension.
Et paradoxalement, c’est à ce moment-là que les autres commencent à vous écouter.
Cesser de se justifier
C’est l’un des plus grands basculements intérieurs : ne plus se justifier.
Car se justifier, c’est jouer un jeu sans fin.
Dès que vous commencez à expliquer, l’autre devient juge — et vous, accusé.
Plus vous parlez, plus il écoute pour trancher, pas pour comprendre.
En communication, on appelle ça un piège de validation :
en cherchant à prouver qu’on a raison, on confirme qu’on pourrait avoir tort.
Et puis, soyons clairs :
les justifications attirent les reproches comme les plaintes attirent les problèmes.
Elles envoient ce message subtil : “J’ai besoin d’être approuvé.”
Or, selon une étude de la Harvard Business Review (2019), les personnes qui “surjustifient” leurs décisions voient leur crédibilité perçue chuter de 30 %.
La bonne posture ?
Assumer. Sobrement.
“C’est le choix que j’ai fait, et je l’assume.”
Ce ton calme, posé, sans défense, crée le respect.
C’est paradoxal : on arrête de quémander la compréhension… et c’est là qu’on commence à être écouté.

Les jeux psychologiques : quand nos conversations deviennent des pièges
Vous avez déjà eu l’impression que certaines discussions se répétaient sans fin ? Que peu importe ce que vous dites, ça ne résout rien, et vous repartez frustré·e, coupable, ou énervé·e ? Bienvenue dans le monde des jeux psychologiques.
Qu’est-ce qu’un jeu psychologique ?
Selon Eric Berne (Analyse Transactionnelle, 1964), un jeu psychologique est une séquence d’échanges répétitifs et prévisibles, où chacun adopte un rôle et obtient un bénéfice émotionnel — souvent inconscient — mais où personne ne gagne vraiment.
Ces échanges ont toujours une récompense cachée : se sentir supérieur, obtenir de l’attention, ou confirmer une croyance ancienne.
Le triangle dramatique : Victime, Persécuteur, Sauveur
Stephen Karpman a modélisé ces rôles dans le triangle dramatique :
| Rôle | Apparence | Intention cachée | Exemple pro |
|---|---|---|---|
| Victime | “Je suis impuissant·e” | Cherche de l’aide ou de l’attention | “Je n’y arriverai jamais à temps…” |
| Sauveur | “Je vais t’aider” | Besoin de se sentir utile | “Laisse, je gère cette tâche pour toi.” |
| Persécuteur | “C’est de ta faute” | Besoin de contrôle ou de supériorité | “Encore raté, tu n’as rien compris !” |
Un même échange peut faire tourner les rôles, parfois plusieurs fois en quelques minutes.
Comment se déroule un jeu psychologique ?
- L’appât : une phrase ou attitude qui attire dans le jeu.Exemple : “Peux-tu m’expliquer pourquoi le projet a pris du retard ?”
- La réponse complémentaire : l’autre mord à l’hameçon.“C’est parce que les ressources n’étaient pas disponibles à temps.”
- Le renversement : reproche ou accusation surgit, les rôles changent.“Toujours des excuses… On peut compter sur toi ou pas ?”
- Le payoff : chacun obtient son bénéfice psychologique.
- Le Persécuteur se sent supérieur.
- Le Victime retrouve sa position connue.
Exemples concrets en entreprise
Jeu de la justification
- Manager : “Tu n’as pas envoyé le rapport à temps.”
- Collaborateur : “J’ai eu un problème technique, et je n’avais pas toutes les infos…”
- Résultat : frustration des deux côtés, crédibilité en baisse.
Jeu du Sauveur fatigué
- Collaborateur A : “Je ne sais pas comment faire ce rapport.”
- Collaborateur B : passe deux heures à aider.
- Le lendemain, A oublie de mentionner B.
- Résultat : B se sent dévalorisé, A continue de dépendre sans assumer.
Jeu du “Oui, mais…”
- Coach : “Tu pourrais déléguer certaines tâches.”
- Collaborateur : “Oui, mais mon équipe n’est pas prête.”
- Coach : “Alors forme-les.”
- Collaborateur : “Oui, mais on n’a pas le temps.”
- Résultat : la situation reste bloquée, l’énergie dépensée pour rien.
Pourquoi ces jeux persistent
- Ils offrent une identité familière : Victime, Sauveur, Persécuteur.
- Ils donnent une stimulation émotionnelle (adrénaline, colère, sentiment d’importance).
- Ils permettent d’éviter la responsabilité : “Ce n’est pas moi, c’est l’autre.”
- Ils confirment des croyances anciennes : “On ne m’écoute jamais”, “Je dois tout gérer moi-même.”
Comment sortir du jeu
- Identifier son rôle : êtes-vous souvent Victime, Sauveur ou Persécuteur ?
- Refuser le scénario implicite : au lieu de répondre automatiquement, rester dans l’adulte.
- Revenir à l’Adulte (Analyse Transactionnelle) :
- Parent : jugement, contrôle
- Enfant : émotion, réaction
- Adulte : lucidité, responsabilité
Exemple pratique : plutôt que de se justifier, dire calmement :
“J’ai pris cette décision pour ces raisons, et j’en assume les conséquences. Si tu veux, on peut en discuter pour améliorer le processus.”
Conclusion
Les jeux psychologiques sont partout, souvent invisibles, et épuisent les relations. Les identifier et rester dans une posture adulte permet de :
- garder sa crédibilité,
- clarifier les échanges,
- éviter les reproches infinis,
- et créer des interactions plus efficaces.
Cesser de se justifier, c’est sortir du triangle dramatique. Et paradoxalement, c’est souvent à ce moment-là que les autres commencent réellement à vous écouter.







