Dans le paysage du coaching professionnel, la supervision systémique n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue. Au-delà du simple échange de bonnes pratiques ou de la résolution de cas concrets, elle constitue un espace privilégié où le coach peut explorer les dynamiques souvent invisibles et complexes qui se jouent entre lui et son client.

Ces dynamiques, que nous appellerons ici « jeux systémiques », ou « jeux relationnels », ou « jeux psychologiques » ont le pouvoir insidieux de dévoyer l’efficacité du coaching et de fragiliser profondément l’équilibre intérieur du coach, touchant ses propres failles et zones de vulnérabilité.

Les Jeux Systémiques : Des Dynamiques Subtiles aux Conséquences Lourdes

Un coach expérimenté et bien formé développe une conscience de soi aiguë. Il sait naviguer avec des personnalités diverses, poser un cadre clair et maintenir sa neutralité bienveillante. Il est armé d’outils pour déjouer les résistances manifestes et accompagner le changement.

Pourtant, certains jeux systémiques ne se laissent pas saisir aussi facilement. Ils ne sont pas le reflet d’un simple problème de compétence ou de communication, mais d’une résonance profonde et souvent inconsciente entre les systèmes internes du client et ceux du coach. C’est précisément là que réside leur danger : ils touchent le coach non pas dans ses compétences, mais dans ses propres failles et zones de vulnérabilité personnelles.

Quelques jeux relationnels classiques

Reprenons quelques exemples de ces jeux psychologiques pervers, en soulignant leur impact :

  1. Le Jeu psychologique (bien connu) du « Sauveur-Victime-Persécuteur » (Triangle Dramatique de Karpman) :
    • Description : Le client se pose en Victime, impuissant, cherchant un sauveur. Le coach, même formé, peut tomber dans le piège du Sauveur, par un besoin inconscient de se sentir utile ou indispensable. Si le client ne suit pas les conseils, il peut basculer en Persécuteur, critiquant le coach.
    • Impact sur le coaching : Le processus dérive vers une dynamique de dépendance. Le client n’est pas responsabilisé et le coach porte une charge émotionnelle excessive, transformant la relation de coaching en une relation d’assistance déséquilibrée.
    • Impact sur le coach : Le coach est épuisé. S’il a une faille liée à la codépendance ou à la nécessité d’être « le bon », il peut se sentir personnellement investi dans le « succès » du client, et donc personnellement défaillant en cas d’échec, menant à l’épuisement émotionnel et au doute de soi.
  2. Le Jeu de la « Résistance passive-agressive » / « Oui, mais… » :
    • Description : Le client acquiesce mais ne met pas en œuvre les actions, trouvant toujours une excuse ou un « oui, mais… » à chaque proposition. Il ne dit jamais « non » directement.
    • Impact sur le coaching : La progression est nulle. Le coaching tourne en rond, les objectifs ne sont jamais atteints et le temps des séances est gaspillé à contourner une résistance non exprimée.
    • Impact sur le coach : Le coach est confronté à un sentiment d’inefficacité, de frustration intense. Si sa faille est liée au besoin de résultats, à la reconnaissance de son expertise, ou à la peur de l’échec, cette résistance peut le plonger dans une profonde remise en question de ses capacités, générant anxiété et épuisement.
  3. Le Jeu du « Test de limites » :
    • Description : Le client teste les frontières du cadre (retards fréquents, appels en dehors des horaires, demandes excessives, remises en question de l’autorité du coach).
    • Impact sur le coaching : Le cadre sécurisant du coaching est fragilisé, ce qui nuit à l’efficacité du processus et à la confiance. L’énergie est dépensée à rétablir des règles de base plutôt qu’à avancer sur les objectifs.
    • Impact sur le coach : Ce jeu touche directement la capacité du coach à s’affirmer et à poser ses limites. S’il a une faille liée à la peur du conflit, au besoin d’être aimé ou à la difficulté à exercer son autorité, il peut se sentir envahi, manquer de confiance en sa capacité à tenir son cadre, et subir un stress relationnel constant.
  4. Le Jeu du « Secret » / « Non-dit » :
    • Description : Le client retient des informations cruciales, ou ne partage qu’une version partielle et idéalisée de sa réalité, rendant impossible un diagnostic juste et un accompagnement pertinent.
    • Impact sur le coaching : Le coaching devient superficiel et inefficace, car il est basé sur des données incomplètes, voire erronées. Les solutions proposées ne sont pas adaptées à la situation réelle.
    • Impact sur le coach : Ce manque de transparence peut générer un sentiment de méfiance et de frustration. S’il a une vulnérabilité liée au besoin de contrôle, à la peur de l’inconnu ou au sentiment d’être manipulé, le coach peut se sentir désorienté, impuissant, voire douter de sa propre intuition ou de sa capacité à « voir » au-delà des apparences.
  5. Le Jeu de la « Quête du magicien » :
    • Description : Le client attend du coach qu’il ait une solution « magique », un raccourci ou une réponse toute faite, refusant l’introspection et le travail personnel nécessaire.
    • Impact sur le coaching : L’essence même du coaching est dévoyée. Il ne s’agit plus d’un accompagnement vers l’autonomie, mais d’une tentative de transfert de responsabilité, vidant le processus de sa substance.
    • Impact sur le coach : Le coach se sent sous une pression immense pour « livrer » des miracles, ce qui est incompatible avec son rôle. S’il a une faille liée au besoin de reconnaissance de ses résultats, à la peur de décevoir ou au syndrome de l’imposteur, il risque de s’épuiser à chercher des solutions extraordinaires, voire de compromettre l’éthique en proposant des raccourcis illusoires, et d’éprouver un sentiment d’échec permanent.

Ces jeux psychologiques, et bien d’autres (comme la projection du parent critique, la confusion ami/coach, la victimisation perpétuelle), s’attaquent à la fois au processus de coaching et au coach lui-même.

L’Impact des jeux relationnels sur l’Efficacité du Coaching

Les jeux systémiques ne sont pas de simples « frottements » relationnels. Ils sont des saboteurs silencieux de l’efficacité du coaching :

  1. Détournement de l’objectif et stagnation : L’énergie du coach et du client n’est plus dirigée vers les objectifs définis, mais vers la dynamique dysfonctionnelle du jeu. Le coaching patine, les séances deviennent répétitives, et le client ne progresse pas, menant à une perte de motivation et à un abandon potentiel.
  2. Entrave à la responsabilisation du client : Le client reste dans un rôle passif ou réactif. Il n’apprend pas à développer ses propres ressources et à s’approprier ses solutions. Le coaching, au lieu d’être un catalyseur d’autonomie, devient un maintien d’une dépendance ou d’une victimisation.
  3. Détérioration de la relation et de la confiance : La frustration, le ressentiment ou la méfiance s’installent. Le lien essentiel de confiance, pilier du coaching, est érodé. Sans cette confiance, l’exploration profonde et la confrontation constructive deviennent impossibles.
  4. Allongement inutile du processus et coûts cachés : Un coaching pris dans un jeu systémique dure plus longtemps que nécessaire, générant des coûts financiers et temporels supplémentaires pour le client, sans les résultats escomptés. À terme, cela nuit à la réputation du coach et de la profession.

L’Impact Douloureux sur le Bien-être et le Développement Personnel du Coach

C’est sur le plan personnel que les jeux systémiques sont le plus insidieux et souvent les plus douloureux pour le coach. Comme vous l’avez souligné, un coach a généralement une bonne conscience de lui-même et ne se laisse pas « prendre » facilement. Or, ici, il est vulnérable parce que cela l’attrape par une faille personnelle, un point sensible, parfois un héritage de son histoire ou une blessure non totalement cicatrisée.

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Colère légitime face à l’impuissance

La colère d’un coach, face aux jeux systémiques complexes et aux interactions subtiles qui le touchent dans ses failles personnelles, est une émotion complexe et souvent très intense, car elle résonne avec son identité professionnelle et son bien-être. Ce n’est pas une simple irritation, mais une frustration profonde et douloureuse qui peut le rendre furieux par rapport à plusieurs sujets précis.

Ce qui met le coach EN COLÈRE / FURIEUX :

  1. Le Sentiment d’Impuissance et d’inefficacité : La plus grande source de colère est souvent l’impuissance à faire bouger les choses. Le coach est un professionnel dont le rôle est d’accompagner le changement et de générer du mouvement. Quand un jeu pervers ou systémique le paralyse, le coach se sent impuissant. Il déploie des efforts considérables, utilise ses outils, son expertise, mais rien ne change, car il est pris dans un jeu qu’il ne maîtrise pas, et qui, pire encore, le manipule à un niveau inconscient.
    • Exemple : Le coach est furieux de voir le client revenir séance après séance avec les mêmes plaintes (jeu de la « Victime Perpétuelle ») ou de rejeter systématiquement toutes les solutions (jeu du « Oui, mais… »), rendant le coaching stérile. Cette stagnation est vécue comme un échec personnel et professionnel, ce qui est rageant pour quelqu’un dont la mission est d’aider.
  2. La Sensation d’être Manipulé ou Dévalorisé : Les jeux pervers, en particulier, impliquent souvent une forme de manipulation ou de dévalorisation. Le coach, qui met son énergie et son expertise au service du client, peut se sentir instrumentalisé, trompé ou rabaissé. C’est une attaque directe contre son intégrité professionnelle et sa dignité.
    • Exemple : Le coach peut être furieux quand un client ment sur ses engagements, ne paie pas ses séances sans justification, ou alterne compliments excessifs et critiques acerbes (« alternance chaud/froid »). Ce sont des tentatives de manipulation qui heurtent le coach et le mettent en colère contre l’irrespect et la malhonnêteté perçue.
  3. Le Non-Respect du Cadre et des Limites : Le cadre est le pilier du coaching : il assure la sécurité, la clarté et l’efficacité du processus. Quand ce cadre est constamment bafoué – par des retards répétés, des demandes inappropriées, des tentatives d’intrusion dans la vie privée du coach – c’est une source de colère intense. Ce non-respect est une agression contre l’espace professionnel et personnel du coach.
    • Exemple : Un coach peut être furieux face à un client qui ne cesse de tester les limites, appelant en dehors des heures, ou contestant l’autorité du coach. Cette colère est d’autant plus forte si la faille du coach réside dans la difficulté à poser des limites, car il se sent alors piégé et incapable de se protéger.
  4. La Perte de Sens et le Gâchis d’Énergie : Le coaching est un métier de passion et de sens. Quand la relation devient toxique en raison de ces jeux, le coach ressent une perte de sens. Il a l’impression de gaspiller son temps et son énergie dans une dynamique stérile et démoralisante. La colère monte face à ce « gâchis » d’une relation qui devrait être constructive.
    • Exemple : Le coach se sent furieux de passer son temps à gérer une résistance passive-agressive ou un « secret » qui empêche toute avancée. Il voit le potentiel inexploité et l’énergie qu’il met se heurter à un mur de non-collaboration.
  5. L’Activation de ses Propres Blessures et Injustices : La colère est souvent exacerbée parce que le jeu du client réactive, sans que le coach en ait toujours une pleine conscience immédiate, une blessure personnelle ou une injustice vécue dans son propre passé. C’est la résonance de l’ancien qui amplifie la fureur actuelle.
    • Exemple : Si le coach a une faille liée à l’injustice, un client qui projette ses échecs sur les autres (déni et projection) peut le mettre en colère parce qu’il se sent, inconsciemment, revivre une injustice personnelle. De même, un coach ayant souffert de ne pas être entendu peut être furieux face à un client qui ne « comprend » jamais ses suggestions, réactivant sa propre frustration d’avoir été ignoré.

En somme, la colère du coach face à ces situations n’est pas seulement professionnelle ; elle est profondément personnelle. Elle témoigne d’une violation de son intégrité, d’une atteinte à son estime de soi professionnelle et d’une réactivation de ses propres vulnérabilités.

C’est cette colère qui est un signal d’alarme puissant et qui, si elle n’est pas adressée, peut mener à l’épuisement professionnel ou à une démotivation profonde. C’est aussi cette colère qui le pousse, idéalement, vers la supervision, le seul espace où il peut démêler ces émotions complexes et transformer la fureur en compréhension et en action constructive.

Inquiétude compréhensible

Au-delà de la colère et de la frustration, un coach confronté à ces jeux systémiques et à la réactivation de ses failles personnelles est assailli par de profondes inquiétudes. Ces craintes ne sont pas seulement professionnelles ; elles touchent à l’essence même de son engagement et à son bien-être à long terme.

Voici les principales inquiétudes qui traversent l’esprit d’un coach dans une telle situation :

1. Inquiétude pour l’Efficacité du Coaching et la Progression du Client

C’est souvent la première et la plus directe des inquiétudes. Le coach est intrinsèquement orienté vers le succès de son client.

2. Inquiétude pour sa Posture Professionnelle et son Éthique

Ces jeux peuvent brouiller les lignes et amener le coach à s’interroger sur sa propre intégrité.

3. Inquiétude pour son Bien-être Personnel et sa Santé Mentale

C’est là que l’impact des failles personnelles se fait le plus ressentir, générant des craintes profondes.

4. Inquiétude face à la Solitude du Coach

Malgré les formations et les réseaux, la pratique du coaching peut parfois être solitaire.

Toutes ces inquiétudes convergent vers une question centrale pour le coach : « Comment puis-je continuer à être un coach efficace et en bonne santé si je me laisse déborder par ces dynamiques ? » Sans exagérer, c’est ce poids qui rend le recours à la supervision non seulement nécessaire, mais vital pour sa survie professionnelle et personnelle.

Volonté de se dégager de l’emprise

Face à ces frustrations intenses et aux jeux systémiques qui viennent le chercher sur ses failles personnelles, le plus gros désir du coach est souvent de retrouver sa juste place et son efficacité professionnelle.

C’est un désir complexe qui se décline en plusieurs aspirations profondes :

  1. Retrouver son alignement professionnel et personnel : Le coach désire que la relation redevienne saine, qu’il puisse à nouveau être pleinement au service de son client sans être parasité par des dynamiques inconscientes ou des résonances personnelles douloureuses. Il souhaite que la clarté et l’objectivité professionnelles priment sur la confusion émotionnelle.
  2. Rétablir son pouvoir d’action et son sentiment de compétence : Confronté à l’impuissance, le coach aspire à retrouver le contrôle sur le processus de coaching, à savoir comment réagir de manière constructive et efficace face à ces jeux. Il veut retrouver sa confiance en ses capacités à accompagner, même face à des situations complexes.
  3. Protéger son bien-être et son énergie : Épuisé par ces dynamiques, le coach désire ardemment se prémunir contre le drainage émotionnel et mental. Il veut préserver son énergie pour les coachings à venir et pour sa vie personnelle, en mettant fin à cette sensation d’être « vidé » ou « envahi ».
  4. Comprendre ce qui se passe et apprendre : Au-delà de la simple résolution du problème avec le client actuel, le coach a un profond désir de comprendre la nature de ces jeux et, surtout, la faille personnelle qui a été activée. C’est un désir d’apprentissage et de développement continu, pour éviter de se faire prendre à nouveau dans le même type de piège.

En somme, le coach aspire à sortir du piège de la faille personnelle pour que son expertise et son humanité puissent de nouveau s’exprimer pleinement au service du client, tout en protégeant son propre équilibre. Il cherche à transformer cette expérience douloureuse en une opportunité de croissance, renforçant ainsi sa posture et sa résilience.

La Supervision Systémique : Le Contrepoids Essentiel

C’est là que la supervision systémique intervient comme un ancrage vital. Elle offre au coach un espace sécurisé et confidentiel pour :

  1. Mettre en lumière l’invisible : Le superviseur, avec son regard extérieur et son expertise en dynamique des systèmes, aide le coach à identifier les jeux de manipulation en cours et, surtout, à percevoir la résonance avec ses propres failles. Il permet de passer du « ça ne marche pas » à « voici comment ma propre histoire/vulnérabilité se rejoue dans cette relation ».
    • Exemple : Un coach en supervision évoque une cliente qui ne cesse de se plaindre de son manager tyrannique (Victime/Persécuteur). Le superviseur peut observer que le coach devient très protecteur, s’indignant avec la cliente. Il questionne : « Comment vous sentez-vous face à cette injustice ? Est-ce que cela résonne avec des expériences personnelles de confrontation à l’autorité ? » Le coach réalise alors que cela réactive sa propre colère face à une injustice passée, l’empêchant de rester neutre et de responsabiliser la cliente à agir.
  2. Démêler l’imbroglio : Le superviseur aide le coach à se dégager du jeu, à comprendre son mécanisme et à identifier les points de levier. Il ne s’agit pas de « résoudre » la faille du coach en supervision, mais de la rendre consciente afin qu’elle ne sabote plus la relation de coaching.
    • Exemple : Face au jeu sournois du « Secret », le superviseur pourrait aider le coach à explorer sa propre peur d’être « trompé » ou son besoin de tout savoir. Une fois conscient, le coach peut revenir au cadre : « Je perçois une réticence à partager certaines informations. Pour que notre travail soit efficace, j’ai besoin de disposer de tous les éléments pertinents. » Il n’est plus dans l’accusation, mais dans la clarté du cadre.
  3. Renforcer le cadre et l’éthique : La supervision permet au coach de maintenir des frontières saines, de poser des limites claires et de faire preuve de courage managérial lorsque le client tente de déborder le cadre. Cela protège le processus de coaching et le bien-être du coach.
    • Exemple : Pour le jeu du « Test de limites », le coach, avec l’aide de la supervision, renforce sa capacité à recadrer fermement mais avec bienveillance : « Notre séance commence à l’heure précise. Si vous êtes en retard, ce temps est perdu. Ce cadre est là pour assurer votre progression. »
  4. Soutenir le développement personnel du coach : Au-delà de la gestion des cas clients, la supervision est un catalyseur de croissance pour le coach. Chaque jeu systémique identifié et travaillé est une opportunité d’approfondir sa connaissance de soi, de panser ses propres blessures et de renforcer sa résilience. C’est un espace où le coach peut être vulnérable sans jugement, et ainsi grandir.

Pourquoi retarder le recours à la supervision ?

Face à la complexité des jeux pervers et à la résonance des failles personnelles, il est vrai que la supervision est le recours le plus adapté et le plus puissant pour un coach. Cependant, avant d’y arriver, un coach peut tenter d’autres recours qui, bien que moins profonds, peuvent offrir un certain soulagement momentané. Il est crucial de noter que ces tentatives ne remplacent pas la supervision pour les dynamiques les plus perverses et enracinées, mais elles peuvent être des étapes intermédiaires ou des soutiens.

Voici des recours que le coach pourrait tenter en dehors de la supervision :

  1. L’Auto-Réflexion et l’Auto-Supervision Approfondie :
    • Ce qu’il fait : Le coach dédie un temps spécifique et structuré à l’analyse de la relation de coaching en question. Il peut tenir un journal de bord détaillé, noter ses émotions avant, pendant et après les séances avec ce client. Il utilise des outils d’auto-questionnement : « Qu’est-ce que je ressens vraiment ? », « Quelles sont les pensées récurrentes ? », « Quand est-ce que je me sens le plus mal à l’aise ou frustré ? », « Y a-t-il des situations passées (professionnelles ou personnelles) où j’ai ressenti des émotions similaires ? », « Quelles sont mes attentes non exprimées vis-à-vis de ce client ou de ce coaching ? »
    • Limites : Bien que cruciale, cette auto-réflexion est limitée par la subjectivité du coach. Les angles morts liés à ses failles personnelles sont difficiles à identifier seul, car par définition, ils sont « hors de son champ de vision conscient ». La rumination peut même s’aggraver si elle ne mène pas à des insights concrets.
  2. La Cohésion d’Équipe ou le Partage entre Pairs (non supervisé) :
    • Ce qu’il fait : Le coach peut discuter de manière informelle avec des collègues coachs de confiance, lors de rencontres de réseau ou d’échanges impromptus. Il expose la situation (en respectant la confidentialité du client) et demande des retours, des expériences similaires ou des pistes de réflexion.
    • Limites : Ce type de partage est utile pour se sentir moins seul et obtenir des perspectives diverses. Cependant, sans la structure et l’expertise d’un superviseur, les pairs peuvent eux-mêmes réagir depuis leurs propres filtres ou failles. Les conseils peuvent être basés sur des expériences personnelles non validées, et l’analyse systémique profonde de la relation client-coach est rarement possible dans ce cadre. Il peut y avoir un risque de « plainte collective » plutôt qu’une recherche de solution.
  3. L’Approfondissement de ses Connaissances en Psychologie des Relations / Systémie :
    • Ce qu’il fait : En plus des ouvrages de coaching, le coach peut se tourner vers des lectures plus spécifiques sur les dynamiques relationnelles complexes, la communication non-violente (CNV) approfondie, la psychologie des manipulateurs, l’analyse transactionnelle plus poussée sur les jeux, ou la théorie systémique.
    • Limites : L’acquisition de nouvelles connaissances théoriques est toujours bénéfique. Cependant, la théorie ne suffit pas à gérer la résonance émotionnelle et inconsciente de la faille personnelle. Comprendre intellectuellement un jeu ne garantit pas la capacité de s’en dégager émotionnellement quand il se manifeste « en direct » et vous prend aux tripes.
  4. Le Renforcement de ses Pratiques de Bien-être Personnel :
    • Ce qu’il fait : Reconnaissant le drainage énergétique, le coach peut intensifier ses pratiques de self-care : méditation, pleine conscience, sport, passer du temps dans la nature, art-thérapie, ou toute activité qui l’aide à se recentrer, à gérer le stress et à se ressourcer.
    • Limites : Ces pratiques sont essentielles pour le bien-être général du coach et pour sa résilience. Elles peuvent l’aider à mieux tolérer la frustration et à maintenir un certain équilibre. Cependant, elles ne traitent pas la racine du jeu systémique ni la faille activée. Elles permettent de « tenir le coup » mais ne résolvent pas la dynamique relationnelle problématique avec le client. La source du drainage énergétique reste active.
  5. La Formalisation d’un « Contrat » Plus Robuste ou d’une Confrontation de Cadre :
    • Ce qu’il fait : S’il ne l’a pas déjà fait avec succès, le coach peut décider de prendre le taureau par les cornes et de formaliser un nouveau point contractuel avec le client. Il peut nommer explicitement ce qui se passe (ex: « Je ressens une résistance à avancer sur ce point », « J’ai l’impression que le cadre n’est pas pleinement respecté ») et demander un engagement clair du client sur la poursuite du travail dans un respect mutuel.
    • Limites : Cette confrontation nécessite une grande clarté et un ancrage du coach, qui peuvent être difficiles à maintenir si sa faille personnelle est trop active. Un client manipulant pourrait retourner la situation contre le coach ou se retirer si la confrontation est trop directe ou mal gérée. Si le coach n’a pas travaillé sur sa faille, il risque de se sentir paralysé ou coupable après la confrontation, quel que soit le résultat.

Ces recours sont des outils précieux dans la « boîte à outils » du coach pour gérer les défis quotidiens. Cependant, face à des jeux relationnels pervers qui activent des failles profondes, leur efficacité est souvent limitée. Ils peuvent apporter des pistes, un soulagement temporaire, ou renforcer la résilience, mais ils ne remplacent pas le regard extérieur, neutre et expert d’un superviseur, seul à même de déceler les dynamiques inconscientes et d’accompagner le coach dans le travail sur ses propres zones d’ombre.

Défi majeur pour un coach sincère

En définitive, les jeux systémiques entre client et coach représentent des défis majeurs, non seulement pour l’efficacité et la déontologie du coaching, mais aussi pour la santé mentale et le développement personnel du coach. Ils sont insidieux car ils s’infiltrent par les failles les plus profondes et les moins visibles du professionnel.

La supervision systémique est le phare dans cette complexité. Elle offre au coach la clarté, le soutien et les outils nécessaires pour identifier ces dynamiques, s’en dégager, protéger son intégrité et, in fine, optimiser l’accompagnement de ses clients. En investissant dans sa propre supervision, le coach ne fait pas qu’assurer la qualité de sa pratique ; il prend soin de lui-même, garantissant ainsi une carrière durable, épanouissante et profondément éthique au service de l’émergence des potentiels. C’est le prix de l’excellence et de la bienveillance dans un métier où l’humain est au cœur de tout.

Deux illustrations concrètes de jeux relationnels

Le coaching est une danse délicate entre le coach et le client, une relation bâtie sur la confiance, le respect et un objectif commun de croissance. Cependant, cette danse peut parfois être perturbée par des dynamiques inconscientes, des « jeux systémiques » qui, insidieusement, sapent l’efficacité de l’accompagnement et mettent à rude épreuve l’équilibre du coach. C’est d’autant plus frustrant que ces jeux viennent souvent titiller les failles personnelles du coach, le laissant perplexe et parfois impuissant face à une situation qui le touche au-delà du cadre professionnel.

Voyons deux exemples concrets de ces jeux et leur impact profond sur Sarah et Damien, deux bons coachs, pourtant bien formés et déjà expérimentés.

1. Le « Test des Limites » : Quand le Cadre S’effrite et l’Anxiété Monte

Imaginez Sarah, coach expérimentée et reconnue pour son approche structurée et son éthique irréprochable. Elle démarre un accompagnement avec Marc, un nouveau client ambitieux mais avec un historique de difficultés à tenir ses engagements. Dès les premières séances, Marc commence son « test des limites ».

Ce qui se passe :

Pourquoi c’est agaçant et dangereux pour Sarah (le coach) :

Sarah, comme tout coach, a ses propres failles. Peut-être a-t-elle eu dans son histoire des difficultés à poser des limites claires ou à affirmer son autorité face à des figures dominantes. Ou bien, elle a un profond besoin d’être « aimée » ou « appréciée », la rendant réticente à générer du conflit.

Lorsque Marc teste ses limites, il appuie directement sur ces boutons sensibles.

Cette situation est d’autant plus « agaçante et douloureuse » qu’elle prend Sarah au dépourvu. Elle, qui se pense solide et claire dans son cadre, se sent impuissante à enrayer une dynamique qui lui échappe. Elle voit l’effet sur la relation de coaching (frustration, inefficacité) mais ne perçoit pas toujours immédiatement comment cette dynamique résonne avec sa propre faille et la piège dans un cycle vicieux.

Comment ça coince le coaching (perte d’efficacité) :

Le « test des limites » est contre-productif à bien des égards pour le coaching :

2. Le « Je Sais Déjà, Mais… » : Le Piège de la Connaissance Stérile

Prenons l’exemple de Damien, un coach dont la faille personnelle est liée à un fort besoin de reconnaissance intellectuelle ou à la peur d’être perçu comme incompétent. Il travaille avec Sophie, une dirigeante brillante et très cérébrale, qui souffre d’une procrastination chronique.

Ce qui se passe :

Pourquoi c’est agaçant et dangereux pour Damien (le coach) :

Ce jeu est particulièrement agaçant car il crée un sentiment de futilité chez le coach. Damien se sent dépossédé de son rôle et de son utilité.

Comment ça coince le coaching (perte d’efficacité) :

Le jeu du « je sais déjà, mais… » rend le coaching complètement contre-productif :

La Supervision : Le Reflet Indispensable

Ces exemples illustrent à quel point les jeux systémiques sont insidieux. Ils ne sont pas le fruit d’une mauvaise volonté du client, mais plutôt de dynamiques inconscientes qui réactivent chez le coach ses propres failles. C’est précisément parce que cela vient le chercher sur ses propres vulnérabilités que le coach se sent impuissant, agacé et parfois douloureusement démuni. Il voit l’effet sur la relation de coaching (la non-progression, la frustration) bien plus clairement que la résonance en lui-même.

C’est pourquoi la supervision est non négociable. Elle offre au coach le miroir et le soutien nécessaires pour :

  1. Identifier la faille personnelle : Le superviseur aide le coach à comprendre comment le jeu du client active sa propre histoire, ses propres besoins ou peurs.
  2. Se dégager émotionnellement : Une fois la faille consciente, le coach peut reprendre de la distance, se désengager émotionnellement du jeu et ne plus être « pris » personnellement.
  3. Recadrer efficacement : Fort de cette nouvelle clarté, le coach peut aborder la dynamique avec le client de manière plus directe, posant des limites claires (« test des limites ») ou confrontant la résistance (« je sais déjà, mais… »).

Sans cette introspection guidée par la supervision, le coach risque l’épuisement professionnel, la perte de sens et une remise en question profonde de sa vocation. Les jeux systémiques ne sont pas de simples incidents ; ils sont des signaux d’alarme qui, s’ils ne sont pas entendus, peuvent transformer une relation de coaching prometteuse en un cercle vicieux, nuisible à tous les acteurs.

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Appeler-moi au 0671849706, ou écrivez-moi sur la fiche contact, pour que nous prenions rendez-vous pour parler tous les deux d’une supervision systémique pour vous.

Après une bonne séance de supervision avec moi

Après une bonne séance de supervision, vous vous sentirez probablement revigoré et éclairé. C’est un peu comme si une charge s’était allégée, laissant place à une clarté nouvelle.

En somme, une bonne séance de supervision est un véritable coup de boost pour le coach, lui permettant de continuer à exercer son métier avec plus de sérénité, d’efficacité et de professionnalisme.

Un peu d’aide tout de suite ?

Nous allons évoquer ici des jeux systémiques graves, heureusement plus rares. Mais quand ils surviennent, il faut vraiment pouvoir s’en dégager. Face à ces jeux relationnels pervers, souvent appelés dynamiques de manipulation ou de pouvoir, il est crucial pour un coach d’être équipé d’une grille de détection des signaux faibles.

Ces jeux, plus insidieux et destructeurs que les jeux systémiques classiques, visent à exercer un contrôle, à rabaisser ou à exploiter l’autre. Ils sont d’autant plus dangereux qu’ils peuvent se glisser sous le radar, surtout lorsque le coach est touché dans ses failles personnelles.

Voici une grille de détection des signaux faibles, classée par domaines, pour aider à identifier la présence de ces jeux relationnels pervers entre un coach et son client :

Grille de Détection des Signaux Faibles de Jeux Relationnels Pervers

1. Signaux dans la Communication et le Discours du client :

2. Signaux dans le Comportement et l’Attitude du client :

3. Signaux dans les Réactions du Coach (le miroir de la faille) :

C’est là que les jeux pervers sont les plus dangereux, car ils activent les failles personnelles du coach, le rendant vulnérable. Le coach ressent des émotions et des sensations inhabituelles et persistantes.

L’Urgence de l’Action

La détection de ces signaux faibles est la première étape. Si plusieurs de ces indicateurs sont présents, il est impératif pour le coach de ne pas rester seul. Ces jeux relationnels pervers ne peuvent pas être gérés par la seule volonté ou la compétence technique du coach, car ils touchent à des niveaux inconscients et à des failles personnelles profondes.

C’est à ce stade que la supervision systémique devient non seulement recommandée, mais absolument vitale. Un superviseur expérimenté pourra aider le coach à :

Ignorer ces signaux faibles, c’est s’exposer à un épuisement professionnel sévère, à une perte de sens profonde, et à compromettre l’intégrité de sa pratique. Un coach n’est pas un thérapeute, et il ne peut ni ne doit se laisser entraîner dans des dynamiques qui relèvent de la pathologie relationnelle. La vigilance et le recours à la supervision sont les garants de son bien-être et de l’éthique de sa profession.

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Paul Devaux

Coach professionnel

Depuis 25 ans, Paul pratique le Coaching professionnel en entreprise, dans une approche systémique. Accrédité à la Société Française de Coaching en 2008, il est également formateur et superviseur de Coachs depuis 2010. Egalement fondateur d'une école de coaching (voir NRGY-trainig.fr).

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