Dans le paysage du coaching professionnel, la supervision systémique n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue. Au-delà du simple échange de bonnes pratiques ou de la résolution de cas concrets, elle constitue un espace privilégié où le coach peut explorer les dynamiques souvent invisibles et complexes qui se jouent entre lui et son client.
Ces dynamiques, que nous appellerons ici « jeux systémiques », ou « jeux relationnels », ou « jeux psychologiques » ont le pouvoir insidieux de dévoyer l’efficacité du coaching et de fragiliser profondément l’équilibre intérieur du coach, touchant ses propres failles et zones de vulnérabilité.
Les Jeux Systémiques : Des Dynamiques Subtiles aux Conséquences Lourdes
Un coach expérimenté et bien formé développe une conscience de soi aiguë. Il sait naviguer avec des personnalités diverses, poser un cadre clair et maintenir sa neutralité bienveillante. Il est armé d’outils pour déjouer les résistances manifestes et accompagner le changement.
Pourtant, certains jeux systémiques ne se laissent pas saisir aussi facilement. Ils ne sont pas le reflet d’un simple problème de compétence ou de communication, mais d’une résonance profonde et souvent inconsciente entre les systèmes internes du client et ceux du coach. C’est précisément là que réside leur danger : ils touchent le coach non pas dans ses compétences, mais dans ses propres failles et zones de vulnérabilité personnelles.
Quelques jeux relationnels classiques

Reprenons quelques exemples de ces jeux psychologiques pervers, en soulignant leur impact :
- Le Jeu psychologique (bien connu) du « Sauveur-Victime-Persécuteur » (Triangle Dramatique de Karpman) :
- Description : Le client se pose en Victime, impuissant, cherchant un sauveur. Le coach, même formé, peut tomber dans le piège du Sauveur, par un besoin inconscient de se sentir utile ou indispensable. Si le client ne suit pas les conseils, il peut basculer en Persécuteur, critiquant le coach.
- Impact sur le coaching : Le processus dérive vers une dynamique de dépendance. Le client n’est pas responsabilisé et le coach porte une charge émotionnelle excessive, transformant la relation de coaching en une relation d’assistance déséquilibrée.
- Impact sur le coach : Le coach est épuisé. S’il a une faille liée à la codépendance ou à la nécessité d’être « le bon », il peut se sentir personnellement investi dans le « succès » du client, et donc personnellement défaillant en cas d’échec, menant à l’épuisement émotionnel et au doute de soi.
- Le Jeu de la « Résistance passive-agressive » / « Oui, mais… » :
- Description : Le client acquiesce mais ne met pas en œuvre les actions, trouvant toujours une excuse ou un « oui, mais… » à chaque proposition. Il ne dit jamais « non » directement.
- Impact sur le coaching : La progression est nulle. Le coaching tourne en rond, les objectifs ne sont jamais atteints et le temps des séances est gaspillé à contourner une résistance non exprimée.
- Impact sur le coach : Le coach est confronté à un sentiment d’inefficacité, de frustration intense. Si sa faille est liée au besoin de résultats, à la reconnaissance de son expertise, ou à la peur de l’échec, cette résistance peut le plonger dans une profonde remise en question de ses capacités, générant anxiété et épuisement.
- Le Jeu du « Test de limites » :
- Description : Le client teste les frontières du cadre (retards fréquents, appels en dehors des horaires, demandes excessives, remises en question de l’autorité du coach).
- Impact sur le coaching : Le cadre sécurisant du coaching est fragilisé, ce qui nuit à l’efficacité du processus et à la confiance. L’énergie est dépensée à rétablir des règles de base plutôt qu’à avancer sur les objectifs.
- Impact sur le coach : Ce jeu touche directement la capacité du coach à s’affirmer et à poser ses limites. S’il a une faille liée à la peur du conflit, au besoin d’être aimé ou à la difficulté à exercer son autorité, il peut se sentir envahi, manquer de confiance en sa capacité à tenir son cadre, et subir un stress relationnel constant.
- Le Jeu du « Secret » / « Non-dit » :
- Description : Le client retient des informations cruciales, ou ne partage qu’une version partielle et idéalisée de sa réalité, rendant impossible un diagnostic juste et un accompagnement pertinent.
- Impact sur le coaching : Le coaching devient superficiel et inefficace, car il est basé sur des données incomplètes, voire erronées. Les solutions proposées ne sont pas adaptées à la situation réelle.
- Impact sur le coach : Ce manque de transparence peut générer un sentiment de méfiance et de frustration. S’il a une vulnérabilité liée au besoin de contrôle, à la peur de l’inconnu ou au sentiment d’être manipulé, le coach peut se sentir désorienté, impuissant, voire douter de sa propre intuition ou de sa capacité à « voir » au-delà des apparences.
- Le Jeu de la « Quête du magicien » :
- Description : Le client attend du coach qu’il ait une solution « magique », un raccourci ou une réponse toute faite, refusant l’introspection et le travail personnel nécessaire.
- Impact sur le coaching : L’essence même du coaching est dévoyée. Il ne s’agit plus d’un accompagnement vers l’autonomie, mais d’une tentative de transfert de responsabilité, vidant le processus de sa substance.
- Impact sur le coach : Le coach se sent sous une pression immense pour « livrer » des miracles, ce qui est incompatible avec son rôle. S’il a une faille liée au besoin de reconnaissance de ses résultats, à la peur de décevoir ou au syndrome de l’imposteur, il risque de s’épuiser à chercher des solutions extraordinaires, voire de compromettre l’éthique en proposant des raccourcis illusoires, et d’éprouver un sentiment d’échec permanent.
Ces jeux psychologiques, et bien d’autres (comme la projection du parent critique, la confusion ami/coach, la victimisation perpétuelle), s’attaquent à la fois au processus de coaching et au coach lui-même.
L’Impact des jeux relationnels sur l’Efficacité du Coaching
Les jeux systémiques ne sont pas de simples « frottements » relationnels. Ils sont des saboteurs silencieux de l’efficacité du coaching :
- Détournement de l’objectif et stagnation : L’énergie du coach et du client n’est plus dirigée vers les objectifs définis, mais vers la dynamique dysfonctionnelle du jeu. Le coaching patine, les séances deviennent répétitives, et le client ne progresse pas, menant à une perte de motivation et à un abandon potentiel.
- Entrave à la responsabilisation du client : Le client reste dans un rôle passif ou réactif. Il n’apprend pas à développer ses propres ressources et à s’approprier ses solutions. Le coaching, au lieu d’être un catalyseur d’autonomie, devient un maintien d’une dépendance ou d’une victimisation.
- Détérioration de la relation et de la confiance : La frustration, le ressentiment ou la méfiance s’installent. Le lien essentiel de confiance, pilier du coaching, est érodé. Sans cette confiance, l’exploration profonde et la confrontation constructive deviennent impossibles.
- Allongement inutile du processus et coûts cachés : Un coaching pris dans un jeu systémique dure plus longtemps que nécessaire, générant des coûts financiers et temporels supplémentaires pour le client, sans les résultats escomptés. À terme, cela nuit à la réputation du coach et de la profession.
L’Impact Douloureux sur le Bien-être et le Développement Personnel du Coach
C’est sur le plan personnel que les jeux systémiques sont le plus insidieux et souvent les plus douloureux pour le coach. Comme vous l’avez souligné, un coach a généralement une bonne conscience de lui-même et ne se laisse pas « prendre » facilement. Or, ici, il est vulnérable parce que cela l’attrape par une faille personnelle, un point sensible, parfois un héritage de son histoire ou une blessure non totalement cicatrisée.
- L’angle mort de la faille : La difficulté majeure est que cette faille est souvent un angle mort pour le coach lui-même. Il peut ne pas voir clairement comment le jeu du client résonne avec sa propre histoire ou ses propres besoins non résolus. Il constate les effets délétères sur la relation de coaching (frustration, inefficacité, épuisement) bien avant de percevoir la résonance en lui-même.
- Exemple : Un coach ayant une blessure d’abandon peut, inconsciemment, surinvestir un client qui menace d’arrêter le coaching (jeu du « test de limites » ou de la « dépendance »), non pas par professionnalisme pur, mais par une peur personnelle d’être « abandonné » ou de ne pas être « assez bien » pour retenir le client. Il s’épuise alors à essayer de le « sauver » du départ, sans identifier la source de son propre mal-être.
- Sentiment d’impuissance et de dissonance : C’est une expérience profondément troublante. Le coach, habituellement maître de son cadre et de ses outils, se sent soudainement impuissant face à une dynamique qu’il ne parvient pas à démêler ou à maîtriser. Cette dissonance entre sa compétence ressentie et son incapacité à faire avancer la situation est énervante, voire douloureuse. Il se sent pris au piège, ne voyant pas « complètement clairement comment ça le prend, et jusqu’où ça le touche ».
- Épuisement émotionnel et Burn-out : Porter les poids des dynamiques non résolues du client, tout en étant inconsciemment piégé par ses propres vulnérabilités, est une source immense d’épuisement. Le coach peut développer du stress chronique, de l’anxiété, de la fatigue mentale et physique, et, à terme, un burn-out. Le plaisir du métier s’érode, remplacé par une charge lourde.
- Remise en question profonde et perte d’identité professionnelle : Lorsque ces jeux perdurent, ils peuvent entraîner une remise en question fondamentale de l’identité professionnelle du coach. « Suis-je vraiment compétent ? Ai-je ma place dans ce métier ? » Le syndrome de l’imposteur est réactivé. Le développement personnel du coach est alors freiné, voire régressif, car il est absorbé par la gestion de ses propres blessures réactivées plutôt que par sa croissance.
grâce à la supervision !
Colère légitime face à l’impuissance
La colère d’un coach, face aux jeux systémiques complexes et aux interactions subtiles qui le touchent dans ses failles personnelles, est une émotion complexe et souvent très intense, car elle résonne avec son identité professionnelle et son bien-être. Ce n’est pas une simple irritation, mais une frustration profonde et douloureuse qui peut le rendre furieux par rapport à plusieurs sujets précis.
Ce qui met le coach EN COLÈRE / FURIEUX :
- Le Sentiment d’Impuissance et d’inefficacité : La plus grande source de colère est souvent l’impuissance à faire bouger les choses. Le coach est un professionnel dont le rôle est d’accompagner le changement et de générer du mouvement. Quand un jeu pervers ou systémique le paralyse, le coach se sent impuissant. Il déploie des efforts considérables, utilise ses outils, son expertise, mais rien ne change, car il est pris dans un jeu qu’il ne maîtrise pas, et qui, pire encore, le manipule à un niveau inconscient.
- Exemple : Le coach est furieux de voir le client revenir séance après séance avec les mêmes plaintes (jeu de la « Victime Perpétuelle ») ou de rejeter systématiquement toutes les solutions (jeu du « Oui, mais… »), rendant le coaching stérile. Cette stagnation est vécue comme un échec personnel et professionnel, ce qui est rageant pour quelqu’un dont la mission est d’aider.
- La Sensation d’être Manipulé ou Dévalorisé : Les jeux pervers, en particulier, impliquent souvent une forme de manipulation ou de dévalorisation. Le coach, qui met son énergie et son expertise au service du client, peut se sentir instrumentalisé, trompé ou rabaissé. C’est une attaque directe contre son intégrité professionnelle et sa dignité.
- Exemple : Le coach peut être furieux quand un client ment sur ses engagements, ne paie pas ses séances sans justification, ou alterne compliments excessifs et critiques acerbes (« alternance chaud/froid »). Ce sont des tentatives de manipulation qui heurtent le coach et le mettent en colère contre l’irrespect et la malhonnêteté perçue.
- Le Non-Respect du Cadre et des Limites : Le cadre est le pilier du coaching : il assure la sécurité, la clarté et l’efficacité du processus. Quand ce cadre est constamment bafoué – par des retards répétés, des demandes inappropriées, des tentatives d’intrusion dans la vie privée du coach – c’est une source de colère intense. Ce non-respect est une agression contre l’espace professionnel et personnel du coach.
- Exemple : Un coach peut être furieux face à un client qui ne cesse de tester les limites, appelant en dehors des heures, ou contestant l’autorité du coach. Cette colère est d’autant plus forte si la faille du coach réside dans la difficulté à poser des limites, car il se sent alors piégé et incapable de se protéger.
- La Perte de Sens et le Gâchis d’Énergie : Le coaching est un métier de passion et de sens. Quand la relation devient toxique en raison de ces jeux, le coach ressent une perte de sens. Il a l’impression de gaspiller son temps et son énergie dans une dynamique stérile et démoralisante. La colère monte face à ce « gâchis » d’une relation qui devrait être constructive.
- Exemple : Le coach se sent furieux de passer son temps à gérer une résistance passive-agressive ou un « secret » qui empêche toute avancée. Il voit le potentiel inexploité et l’énergie qu’il met se heurter à un mur de non-collaboration.
- L’Activation de ses Propres Blessures et Injustices : La colère est souvent exacerbée parce que le jeu du client réactive, sans que le coach en ait toujours une pleine conscience immédiate, une blessure personnelle ou une injustice vécue dans son propre passé. C’est la résonance de l’ancien qui amplifie la fureur actuelle.
- Exemple : Si le coach a une faille liée à l’injustice, un client qui projette ses échecs sur les autres (déni et projection) peut le mettre en colère parce qu’il se sent, inconsciemment, revivre une injustice personnelle. De même, un coach ayant souffert de ne pas être entendu peut être furieux face à un client qui ne « comprend » jamais ses suggestions, réactivant sa propre frustration d’avoir été ignoré.
En somme, la colère du coach face à ces situations n’est pas seulement professionnelle ; elle est profondément personnelle. Elle témoigne d’une violation de son intégrité, d’une atteinte à son estime de soi professionnelle et d’une réactivation de ses propres vulnérabilités.
C’est cette colère qui est un signal d’alarme puissant et qui, si elle n’est pas adressée, peut mener à l’épuisement professionnel ou à une démotivation profonde. C’est aussi cette colère qui le pousse, idéalement, vers la supervision, le seul espace où il peut démêler ces émotions complexes et transformer la fureur en compréhension et en action constructive.
Inquiétude compréhensible
Au-delà de la colère et de la frustration, un coach confronté à ces jeux systémiques et à la réactivation de ses failles personnelles est assailli par de profondes inquiétudes. Ces craintes ne sont pas seulement professionnelles ; elles touchent à l’essence même de son engagement et à son bien-être à long terme.
Voici les principales inquiétudes qui traversent l’esprit d’un coach dans une telle situation :
1. Inquiétude pour l’Efficacité du Coaching et la Progression du Client
C’est souvent la première et la plus directe des inquiétudes. Le coach est intrinsèquement orienté vers le succès de son client.
- Peur de ne pas pouvoir aider : La principale inquiétude est de ne pas réussir à faire progresser le client. Le coach se demande si, malgré tous ses efforts et son expertise, il sera en mesure d’apporter la transformation attendue.
- Crainte d’un coaching contre-productif : Il s’inquiète que le processus ne soit pas seulement inefficace, mais qu’il devienne carrément nuisible, renforçant les schémas dysfonctionnels du client plutôt que de les défaire.
- Risque d’abandon du client : Le coach craint que le client, voyant l’absence de résultats ou se sentant piégé dans la dynamique, n’abandonne le coaching, ce qui serait un échec pour les deux parties.
- Préoccupation pour la réputation professionnelle : Bien que ce ne soit pas la première pensée, le coach peut s’inquiéter de l’impact de ce coaching stagnant sur sa réputation et sur les retours que le client pourrait en faire.
2. Inquiétude pour sa Posture Professionnelle et son Éthique
Ces jeux peuvent brouiller les lignes et amener le coach à s’interroger sur sa propre intégrité.
- Crainte de perdre sa neutralité : Le coach s’inquiète de ne plus être objectif, d’être trop impliqué émotionnellement, ou de réagir de manière contre-productive à cause de ses propres failles. Il craint de « lâcher » sa posture de coach pour tomber dans celle d’un ami, d’un parent ou d’un sauveur.
- Peur de ne pas respecter le cadre : Il s’inquiète de ne pas réussir à maintenir des limites claires et saines, ce qui est fondamental pour un coaching éthique et sécurisant.
- Questionnement sur l’adéquation de l’accompagnement : Le coach peut se demander si, face à la toxicité de la relation, il n’est pas en train de s’aventurer sur un terrain qui relève davantage de la thérapie ou de la pathologie, et s’il est réellement la bonne personne pour accompagner ce client.
3. Inquiétude pour son Bien-être Personnel et sa Santé Mentale
C’est là que l’impact des failles personnelles se fait le plus ressentir, générant des craintes profondes.
- Peur de l’épuisement (burn-out) : Le coach ressent le drainage énergétique et s’inquiète de l’impact à long terme sur sa propre santé mentale et physique. Il craint le burn-out si la situation persiste.
- Crainte de la démotivation et de la perte de sens : Le plaisir et la passion pour le métier de coach peuvent être mis à mal. Le coach s’inquiète de perdre le sens de son engagement et de se sentir démotivé.
- Anxiété face à ses propres vulnérabilités : La réactivation de ses failles personnelles est une expérience inconfortable. Le coach s’inquiète de la manière dont ces blessures non résolues pourraient continuer à l’affecter, non seulement dans ses coachings mais aussi dans sa vie personnelle.
- Peur de ne pas pouvoir se dégager : Le sentiment d’être « pris » dans un jeu est anxiogène. Le coach s’inquiète de ne pas trouver le moyen de se libérer de cette dynamique toxique, d’être bloqué et de ne pas voir la sortie.
4. Inquiétude face à la Solitude du Coach
Malgré les formations et les réseaux, la pratique du coaching peut parfois être solitaire.
- Crainte de ne pas trouver de solution : Le coach peut s’inquiéter de ne pas avoir les ressources ou les outils nécessaires pour gérer une situation aussi complexe, et de ne pas savoir vers qui se tourner pour obtenir de l’aide efficace.
- Peur d’être jugé : Il peut être réticent à exposer ses difficultés et ses failles à ses pairs ou à d’autres professionnels, par peur d’être jugé ou de paraître incompétent, ce qui l’isole encore plus.
Toutes ces inquiétudes convergent vers une question centrale pour le coach : « Comment puis-je continuer à être un coach efficace et en bonne santé si je me laisse déborder par ces dynamiques ? » Sans exagérer, c’est ce poids qui rend le recours à la supervision non seulement nécessaire, mais vital pour sa survie professionnelle et personnelle.
Volonté de se dégager de l’emprise
Face à ces frustrations intenses et aux jeux systémiques qui viennent le chercher sur ses failles personnelles, le plus gros désir du coach est souvent de retrouver sa juste place et son efficacité professionnelle.
C’est un désir complexe qui se décline en plusieurs aspirations profondes :
- Retrouver son alignement professionnel et personnel : Le coach désire que la relation redevienne saine, qu’il puisse à nouveau être pleinement au service de son client sans être parasité par des dynamiques inconscientes ou des résonances personnelles douloureuses. Il souhaite que la clarté et l’objectivité professionnelles priment sur la confusion émotionnelle.
- Rétablir son pouvoir d’action et son sentiment de compétence : Confronté à l’impuissance, le coach aspire à retrouver le contrôle sur le processus de coaching, à savoir comment réagir de manière constructive et efficace face à ces jeux. Il veut retrouver sa confiance en ses capacités à accompagner, même face à des situations complexes.
- Protéger son bien-être et son énergie : Épuisé par ces dynamiques, le coach désire ardemment se prémunir contre le drainage émotionnel et mental. Il veut préserver son énergie pour les coachings à venir et pour sa vie personnelle, en mettant fin à cette sensation d’être « vidé » ou « envahi ».
- Comprendre ce qui se passe et apprendre : Au-delà de la simple résolution du problème avec le client actuel, le coach a un profond désir de comprendre la nature de ces jeux et, surtout, la faille personnelle qui a été activée. C’est un désir d’apprentissage et de développement continu, pour éviter de se faire prendre à nouveau dans le même type de piège.
En somme, le coach aspire à sortir du piège de la faille personnelle pour que son expertise et son humanité puissent de nouveau s’exprimer pleinement au service du client, tout en protégeant son propre équilibre. Il cherche à transformer cette expérience douloureuse en une opportunité de croissance, renforçant ainsi sa posture et sa résilience.
La Supervision Systémique : Le Contrepoids Essentiel
C’est là que la supervision systémique intervient comme un ancrage vital. Elle offre au coach un espace sécurisé et confidentiel pour :
- Mettre en lumière l’invisible : Le superviseur, avec son regard extérieur et son expertise en dynamique des systèmes, aide le coach à identifier les jeux de manipulation en cours et, surtout, à percevoir la résonance avec ses propres failles. Il permet de passer du « ça ne marche pas » à « voici comment ma propre histoire/vulnérabilité se rejoue dans cette relation ».
- Exemple : Un coach en supervision évoque une cliente qui ne cesse de se plaindre de son manager tyrannique (Victime/Persécuteur). Le superviseur peut observer que le coach devient très protecteur, s’indignant avec la cliente. Il questionne : « Comment vous sentez-vous face à cette injustice ? Est-ce que cela résonne avec des expériences personnelles de confrontation à l’autorité ? » Le coach réalise alors que cela réactive sa propre colère face à une injustice passée, l’empêchant de rester neutre et de responsabiliser la cliente à agir.
- Démêler l’imbroglio : Le superviseur aide le coach à se dégager du jeu, à comprendre son mécanisme et à identifier les points de levier. Il ne s’agit pas de « résoudre » la faille du coach en supervision, mais de la rendre consciente afin qu’elle ne sabote plus la relation de coaching.
- Exemple : Face au jeu sournois du « Secret », le superviseur pourrait aider le coach à explorer sa propre peur d’être « trompé » ou son besoin de tout savoir. Une fois conscient, le coach peut revenir au cadre : « Je perçois une réticence à partager certaines informations. Pour que notre travail soit efficace, j’ai besoin de disposer de tous les éléments pertinents. » Il n’est plus dans l’accusation, mais dans la clarté du cadre.
- Renforcer le cadre et l’éthique : La supervision permet au coach de maintenir des frontières saines, de poser des limites claires et de faire preuve de courage managérial lorsque le client tente de déborder le cadre. Cela protège le processus de coaching et le bien-être du coach.
- Exemple : Pour le jeu du « Test de limites », le coach, avec l’aide de la supervision, renforce sa capacité à recadrer fermement mais avec bienveillance : « Notre séance commence à l’heure précise. Si vous êtes en retard, ce temps est perdu. Ce cadre est là pour assurer votre progression. »
- Soutenir le développement personnel du coach : Au-delà de la gestion des cas clients, la supervision est un catalyseur de croissance pour le coach. Chaque jeu systémique identifié et travaillé est une opportunité d’approfondir sa connaissance de soi, de panser ses propres blessures et de renforcer sa résilience. C’est un espace où le coach peut être vulnérable sans jugement, et ainsi grandir.
Pourquoi retarder le recours à la supervision ?
Face à la complexité des jeux pervers et à la résonance des failles personnelles, il est vrai que la supervision est le recours le plus adapté et le plus puissant pour un coach. Cependant, avant d’y arriver, un coach peut tenter d’autres recours qui, bien que moins profonds, peuvent offrir un certain soulagement momentané. Il est crucial de noter que ces tentatives ne remplacent pas la supervision pour les dynamiques les plus perverses et enracinées, mais elles peuvent être des étapes intermédiaires ou des soutiens.
Voici des recours que le coach pourrait tenter en dehors de la supervision :
- L’Auto-Réflexion et l’Auto-Supervision Approfondie :
- Ce qu’il fait : Le coach dédie un temps spécifique et structuré à l’analyse de la relation de coaching en question. Il peut tenir un journal de bord détaillé, noter ses émotions avant, pendant et après les séances avec ce client. Il utilise des outils d’auto-questionnement : « Qu’est-ce que je ressens vraiment ? », « Quelles sont les pensées récurrentes ? », « Quand est-ce que je me sens le plus mal à l’aise ou frustré ? », « Y a-t-il des situations passées (professionnelles ou personnelles) où j’ai ressenti des émotions similaires ? », « Quelles sont mes attentes non exprimées vis-à-vis de ce client ou de ce coaching ? »
- Limites : Bien que cruciale, cette auto-réflexion est limitée par la subjectivité du coach. Les angles morts liés à ses failles personnelles sont difficiles à identifier seul, car par définition, ils sont « hors de son champ de vision conscient ». La rumination peut même s’aggraver si elle ne mène pas à des insights concrets.
- La Cohésion d’Équipe ou le Partage entre Pairs (non supervisé) :
- Ce qu’il fait : Le coach peut discuter de manière informelle avec des collègues coachs de confiance, lors de rencontres de réseau ou d’échanges impromptus. Il expose la situation (en respectant la confidentialité du client) et demande des retours, des expériences similaires ou des pistes de réflexion.
- Limites : Ce type de partage est utile pour se sentir moins seul et obtenir des perspectives diverses. Cependant, sans la structure et l’expertise d’un superviseur, les pairs peuvent eux-mêmes réagir depuis leurs propres filtres ou failles. Les conseils peuvent être basés sur des expériences personnelles non validées, et l’analyse systémique profonde de la relation client-coach est rarement possible dans ce cadre. Il peut y avoir un risque de « plainte collective » plutôt qu’une recherche de solution.
- L’Approfondissement de ses Connaissances en Psychologie des Relations / Systémie :
- Ce qu’il fait : En plus des ouvrages de coaching, le coach peut se tourner vers des lectures plus spécifiques sur les dynamiques relationnelles complexes, la communication non-violente (CNV) approfondie, la psychologie des manipulateurs, l’analyse transactionnelle plus poussée sur les jeux, ou la théorie systémique.
- Limites : L’acquisition de nouvelles connaissances théoriques est toujours bénéfique. Cependant, la théorie ne suffit pas à gérer la résonance émotionnelle et inconsciente de la faille personnelle. Comprendre intellectuellement un jeu ne garantit pas la capacité de s’en dégager émotionnellement quand il se manifeste « en direct » et vous prend aux tripes.
- Le Renforcement de ses Pratiques de Bien-être Personnel :
- Ce qu’il fait : Reconnaissant le drainage énergétique, le coach peut intensifier ses pratiques de self-care : méditation, pleine conscience, sport, passer du temps dans la nature, art-thérapie, ou toute activité qui l’aide à se recentrer, à gérer le stress et à se ressourcer.
- Limites : Ces pratiques sont essentielles pour le bien-être général du coach et pour sa résilience. Elles peuvent l’aider à mieux tolérer la frustration et à maintenir un certain équilibre. Cependant, elles ne traitent pas la racine du jeu systémique ni la faille activée. Elles permettent de « tenir le coup » mais ne résolvent pas la dynamique relationnelle problématique avec le client. La source du drainage énergétique reste active.
- La Formalisation d’un « Contrat » Plus Robuste ou d’une Confrontation de Cadre :
- Ce qu’il fait : S’il ne l’a pas déjà fait avec succès, le coach peut décider de prendre le taureau par les cornes et de formaliser un nouveau point contractuel avec le client. Il peut nommer explicitement ce qui se passe (ex: « Je ressens une résistance à avancer sur ce point », « J’ai l’impression que le cadre n’est pas pleinement respecté ») et demander un engagement clair du client sur la poursuite du travail dans un respect mutuel.
- Limites : Cette confrontation nécessite une grande clarté et un ancrage du coach, qui peuvent être difficiles à maintenir si sa faille personnelle est trop active. Un client manipulant pourrait retourner la situation contre le coach ou se retirer si la confrontation est trop directe ou mal gérée. Si le coach n’a pas travaillé sur sa faille, il risque de se sentir paralysé ou coupable après la confrontation, quel que soit le résultat.
Ces recours sont des outils précieux dans la « boîte à outils » du coach pour gérer les défis quotidiens. Cependant, face à des jeux relationnels pervers qui activent des failles profondes, leur efficacité est souvent limitée. Ils peuvent apporter des pistes, un soulagement temporaire, ou renforcer la résilience, mais ils ne remplacent pas le regard extérieur, neutre et expert d’un superviseur, seul à même de déceler les dynamiques inconscientes et d’accompagner le coach dans le travail sur ses propres zones d’ombre.
Défi majeur pour un coach sincère
En définitive, les jeux systémiques entre client et coach représentent des défis majeurs, non seulement pour l’efficacité et la déontologie du coaching, mais aussi pour la santé mentale et le développement personnel du coach. Ils sont insidieux car ils s’infiltrent par les failles les plus profondes et les moins visibles du professionnel.
La supervision systémique est le phare dans cette complexité. Elle offre au coach la clarté, le soutien et les outils nécessaires pour identifier ces dynamiques, s’en dégager, protéger son intégrité et, in fine, optimiser l’accompagnement de ses clients. En investissant dans sa propre supervision, le coach ne fait pas qu’assurer la qualité de sa pratique ; il prend soin de lui-même, garantissant ainsi une carrière durable, épanouissante et profondément éthique au service de l’émergence des potentiels. C’est le prix de l’excellence et de la bienveillance dans un métier où l’humain est au cœur de tout.
Deux illustrations concrètes de jeux relationnels
Le coaching est une danse délicate entre le coach et le client, une relation bâtie sur la confiance, le respect et un objectif commun de croissance. Cependant, cette danse peut parfois être perturbée par des dynamiques inconscientes, des « jeux systémiques » qui, insidieusement, sapent l’efficacité de l’accompagnement et mettent à rude épreuve l’équilibre du coach. C’est d’autant plus frustrant que ces jeux viennent souvent titiller les failles personnelles du coach, le laissant perplexe et parfois impuissant face à une situation qui le touche au-delà du cadre professionnel.
Voyons deux exemples concrets de ces jeux et leur impact profond sur Sarah et Damien, deux bons coachs, pourtant bien formés et déjà expérimentés.
1. Le « Test des Limites » : Quand le Cadre S’effrite et l’Anxiété Monte
Imaginez Sarah, coach expérimentée et reconnue pour son approche structurée et son éthique irréprochable. Elle démarre un accompagnement avec Marc, un nouveau client ambitieux mais avec un historique de difficultés à tenir ses engagements. Dès les premières séances, Marc commence son « test des limites ».
Ce qui se passe :
- Retards chroniques : Marc arrive systématiquement en retard aux séances, souvent de 10 à 15 minutes, empiétant sur le temps de coaching.
- Demandes hors cadre : Il envoie des SMS tard le soir, demandant des conseils urgents sur des situations professionnelles, ou cherche à prolonger les appels sans accord préalable.
- Contestation subtile : Il peut remettre en question la pertinence d’un outil ou d’une approche suggérée par Sarah, non pas par curiosité, mais avec une pointe de défi.
Pourquoi c’est agaçant et dangereux pour Sarah (le coach) :
Sarah, comme tout coach, a ses propres failles. Peut-être a-t-elle eu dans son histoire des difficultés à poser des limites claires ou à affirmer son autorité face à des figures dominantes. Ou bien, elle a un profond besoin d’être « aimée » ou « appréciée », la rendant réticente à générer du conflit.
Lorsque Marc teste ses limites, il appuie directement sur ces boutons sensibles.
- Sentiment d’irrespect : Les retards répétés de Marc sont un manque de respect manifeste pour le temps et le cadre de Sarah. Cela peut la faire se sentir dévalorisée, d’autant plus si sa faille est liée à un besoin de reconnaissance ou à la peur de ne pas être suffisamment « prise au sérieux ».
- Pression et invasion : Les demandes hors cadre envahissent son espace personnel et professionnel. Si Sarah a du mal à dire « non » ou à se protéger des sollicitations, elle peut se sentir débordée et anxieuse. Son bien-être personnel est impacté, car elle ne parvient plus à déconnecter du coaching.
- Doute de sa légitimité : La contestation subtile peut insinuer un doute sur sa compétence ou sa légitimité en tant que coach, réactivant un potentiel syndrome de l’imposteur. « Est-ce que je suis assez ferme ? Est-ce que mon cadre est suffisamment solide ? »
Cette situation est d’autant plus « agaçante et douloureuse » qu’elle prend Sarah au dépourvu. Elle, qui se pense solide et claire dans son cadre, se sent impuissante à enrayer une dynamique qui lui échappe. Elle voit l’effet sur la relation de coaching (frustration, inefficacité) mais ne perçoit pas toujours immédiatement comment cette dynamique résonne avec sa propre faille et la piège dans un cycle vicieux.
Comment ça coince le coaching (perte d’efficacité) :
Le « test des limites » est contre-productif à bien des égards pour le coaching :
- Perte de temps et d’énergie : Au lieu de se concentrer sur les objectifs de Marc, les séances deviennent un combat inconscient pour rétablir le cadre. L’énergie de Sarah est drainée par cette « lutte de pouvoir » implicite plutôt que par l’accompagnement.
- Absence de sécurité : Un cadre clair est essentiel pour la sécurité psychologique du client. Si ce cadre est constamment bafoué, le client ne peut pas se sentir en confiance pour explorer ses vulnérabilités et prendre des risques. Paradoxalement, Marc ne reçoit pas le cadre structurant dont il a probablement besoin.
- Détournement de l’objectif : Le véritable problème de Marc (par exemple, difficulté à s’engager, manque de respect des règles) n’est pas adressé directement. Le coaching reste en surface, gérant les symptômes du jeu plutôt que ses racines profondes.
2. Le « Je Sais Déjà, Mais… » : Le Piège de la Connaissance Stérile
Prenons l’exemple de Damien, un coach dont la faille personnelle est liée à un fort besoin de reconnaissance intellectuelle ou à la peur d’être perçu comme incompétent. Il travaille avec Sophie, une dirigeante brillante et très cérébrale, qui souffre d’une procrastination chronique.
Ce qui se passe :
- Demande d’aide superficielle : Sophie vient en coaching avec une demande claire : « Je veux arrêter de procrastiner. »
- Rejet systématique des solutions : Chaque fois que Damien suggère une technique, un outil, une piste de réflexion ou une action concrète, Sophie répond invariablement : « Oui, je sais ça », « Oui, mais j’ai déjà essayé », « Oui, mais ça ne marchera pas dans mon cas », ou « J’ai déjà lu un livre là-dessus. »
- Pourtant, pas de progrès : Malgré son « savoir », Sophie ne met rien en œuvre et la situation reste inchangée, voire s’aggrave.
Pourquoi c’est agaçant et dangereux pour Damien (le coach) :
Ce jeu est particulièrement agaçant car il crée un sentiment de futilité chez le coach. Damien se sent dépossédé de son rôle et de son utilité.
- Doute de sa valeur ajoutée : Si Damien a une faille liée à la reconnaissance de son expertise, le « je sais déjà » de Sophie est un coup direct. Il se sent dévalorisé, son travail remis en question. Il peut se demander : « À quoi je sers si elle sait déjà tout ? »
- Frustration et épuisement mental : Damien s’épuise à chercher de nouvelles approches, de nouvelles questions, pour contourner la résistance de Sophie, qui semble inébranlable. Cette quête sans fin pour trouver « la » solution que Sophie n’a pas déjà « lue » ou « essayée » est mentalement exténuante.
- Sentiment d’impuissance et de piège : Damien se sent piégé. Il est là pour aider, mais toutes ses tentatives sont rejetées. Cette impuissance peut réactiver une blessure plus profonde où ses efforts n’ont jamais été suffisants ou reconnus, le laissant dans un état d’agacement persistant et de profonde détresse. Il ne voit pas clairement comment se dégager de ce jeu qui le prend sur sa quête de reconnaissance et de compétence.
Comment ça coince le coaching (perte d’efficacité) :
Le jeu du « je sais déjà, mais… » rend le coaching complètement contre-productif :
- Superficialité du coaching : Le coaching reste à un niveau purement cognitif, empêchant toute exploration des racines profondes de la procrastination (peur de l’échec, peur de la réussite, besoin de perfectionnisme). L’échange tourne autour d’informations déjà connues, plutôt que d’un travail sur le « comment faire » et les blocages émotionnels.
- Perte de sens pour le client : Sophie, malgré sa demande initiale, ne s’engage pas dans le processus. Elle reste dans une zone de confort intellectuelle, sans passer à l’action. Le coaching devient un exercice stérile, où elle vient valider son savoir sans changer son comportement.
- Érosion de la confiance : À terme, la relation se dégrade. Damien peut percevoir Sophie comme résistante ou non engagée, tandis que Sophie peut voir Damien comme inefficace ou incapable de lui apporter quelque chose de « nouveau ». La confiance mutuelle, indispensable, s’effrite.
La Supervision : Le Reflet Indispensable
Ces exemples illustrent à quel point les jeux systémiques sont insidieux. Ils ne sont pas le fruit d’une mauvaise volonté du client, mais plutôt de dynamiques inconscientes qui réactivent chez le coach ses propres failles. C’est précisément parce que cela vient le chercher sur ses propres vulnérabilités que le coach se sent impuissant, agacé et parfois douloureusement démuni. Il voit l’effet sur la relation de coaching (la non-progression, la frustration) bien plus clairement que la résonance en lui-même.
C’est pourquoi la supervision est non négociable. Elle offre au coach le miroir et le soutien nécessaires pour :
- Identifier la faille personnelle : Le superviseur aide le coach à comprendre comment le jeu du client active sa propre histoire, ses propres besoins ou peurs.
- Se dégager émotionnellement : Une fois la faille consciente, le coach peut reprendre de la distance, se désengager émotionnellement du jeu et ne plus être « pris » personnellement.
- Recadrer efficacement : Fort de cette nouvelle clarté, le coach peut aborder la dynamique avec le client de manière plus directe, posant des limites claires (« test des limites ») ou confrontant la résistance (« je sais déjà, mais… »).
Sans cette introspection guidée par la supervision, le coach risque l’épuisement professionnel, la perte de sens et une remise en question profonde de sa vocation. Les jeux systémiques ne sont pas de simples incidents ; ils sont des signaux d’alarme qui, s’ils ne sont pas entendus, peuvent transformer une relation de coaching prometteuse en un cercle vicieux, nuisible à tous les acteurs.
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Après une bonne séance de supervision avec moi
Après une bonne séance de supervision, vous vous sentirez probablement revigoré et éclairé. C’est un peu comme si une charge s’était allégée, laissant place à une clarté nouvelle.
- Soulagement et libération : Avoir pu partager vos doutes, vos difficultés ou des situations complexes avec un pair expérimenté vous permet de relâcher la pression. Vous vous sentez moins seul face à vos défis.
- Clarté et perspective : La supervision vous aide à prendre du recul sur vos propres pratiques. Vous pouvez avoir de nouvelles idées, des pistes de solution pour des situations que vous trouviez bloquées, ou une meilleure compréhension de la dynamique de vos accompagnements.
- Confiance renforcée : Être validé dans vos approches, recevoir des encouragements ou des retours constructifs de la part du superviseur renforce la confiance en vos compétences et en votre posture de coach.
- Apprentissage et développement : Chaque séance de supervision est une opportunité d’apprendre. Vous repartez avec de nouvelles connaissances, des outils supplémentaires ou une meilleure conscience de vos propres angles morts, ce qui contribue à votre développement professionnel continu.
- Motivation et énergie renouvelée : En vous sentant soutenu et en ayant de nouvelles perspectives, vous retrouvez de l’élan pour vos prochaines séances d’accompagnement. Votre « batterie » professionnelle est rechargée.
- Alignement éthique : La supervision est aussi un espace pour vous assurer que vous restez en accord avec les principes éthiques de la profession. Après une bonne séance, vous vous sentez rassuré quant à l’intégrité de votre pratique.
En somme, une bonne séance de supervision est un véritable coup de boost pour le coach, lui permettant de continuer à exercer son métier avec plus de sérénité, d’efficacité et de professionnalisme.
Un peu d’aide tout de suite ?
Nous allons évoquer ici des jeux systémiques graves, heureusement plus rares. Mais quand ils surviennent, il faut vraiment pouvoir s’en dégager. Face à ces jeux relationnels pervers, souvent appelés dynamiques de manipulation ou de pouvoir, il est crucial pour un coach d’être équipé d’une grille de détection des signaux faibles.
Ces jeux, plus insidieux et destructeurs que les jeux systémiques classiques, visent à exercer un contrôle, à rabaisser ou à exploiter l’autre. Ils sont d’autant plus dangereux qu’ils peuvent se glisser sous le radar, surtout lorsque le coach est touché dans ses failles personnelles.
Voici une grille de détection des signaux faibles, classée par domaines, pour aider à identifier la présence de ces jeux relationnels pervers entre un coach et son client :
Grille de Détection des Signaux Faibles de Jeux Relationnels Pervers
1. Signaux dans la Communication et le Discours du client :
- Ambiguïté et Incohérence Persistantes : Le client tient des propos contradictoires, change souvent de version des faits, ou son discours est volontairement flou, empêchant toute clarté ou décision.
- Exemple : « Je veux atteindre cet objectif, mais je ne peux pas dire pourquoi ça ne marche jamais… c’est trop compliqué. »
- Déni et Projection : Le client nie systématiquement sa part de responsabilité, attribue ses échecs ou difficultés à des facteurs externes, ou projette ses propres défauts sur le coach ou d’autres personnes.
- Exemple : « Si je n’avance pas, c’est parce que vos méthodes ne sont pas adaptées à mon cas spécifique. » ou « Mon équipe est incompétente, c’est pour ça que rien ne bouge. »
- Minimisation ou Dramatisation Excessive : Le client minimise ses propres agissements problématiques ou dramatise exagérément les réactions des autres (y compris le coach) à ses comportements.
- Exemple : Après un manquement grave : « Oh, ce n’est rien, vous faites une montagne de ça. » Ou pour une critique constructive : « Vous m’agressez, je ne peux pas travailler avec quelqu’un d’aussi agressif. »
- Plaintes Vagues et Perpétuelles sans Volonté de Résolution : Le client se plaint constamment sans jamais chercher à explorer des solutions ou à s’engager dans une démarche de changement. La plainte devient un mode de fonctionnement et une manière de capter l’attention.
- Exemple : « Ma vie est horrible, mon travail est nul, personne ne me comprend… » (répété séance après séance, sans vouloir explorer les options).
- Utilisation du Langage pour Déstabiliser ou CulPabiliser : Phrases du type « Je pensais que je pouvais vous faire confiance… », ou « Vous n’avez pas l’air de comprendre ma souffrance. »
2. Signaux dans le Comportement et l’Attitude du client :
- Non-Respect du Cadre et des Engagements : Au-delà du simple « test des limites », il s’agit d’un non-respect délibéré et répétitif du cadre, des horaires, des paiements, ou des accords sans explication valable ni réelle intention de correction.
- Exemple : Annulations de dernière minute sans excuse, refus de payer des séances ou de signer des contrats.
- Alternance Chaud/Froid (Séduction/Dévalorisation) : Le client alterne entre des phases de grande séduction, de compliments excessifs, et des phases de critique acerbe, de dévalorisation, ou de silence punitif. C’est une stratégie pour déstabiliser le coach.
- Exemple : Une séance où le client complimente le coach, puis la suivante où il se montre froid, distant et critiquant implicitement les compétences du coach.
- Manipulation et Contrôle : Le client essaie de contrôler le déroulement des séances, de dicter l’ordre du jour, ou de détourner l’attention sur des sujets hors-cadre. Il peut aussi essayer de monter le coach contre d’autres personnes (collègues, managers).
- Exemple : « Je ne veux pas parler de ça aujourd’hui, parlons plutôt de X, c’est plus important. » ou « Mon manager X est le problème, vous devez me donner les outils pour le ‘gérer’. »
- Victimisation Extrême et Constante : Le client se pose constamment en victime du monde entier, incapable de trouver des solutions, refusant toute responsabilisation et tout effort, cherchant à générer la pitié ou la prise en charge du coach.
- Exemple : « Je suis maudite, rien ne marche pour moi. Vous ne pouvez rien faire non plus. »
- Absence d’Empathie ou de Réelle Connexion Émotionnelle : Le client parle de ses problèmes de manière détachée ou instrumentale, sans réelle connexion émotionnelle, ou ne montre aucune empathie envers le coach (ex: aucune considération pour les contraintes du coach).
3. Signaux dans les Réactions du Coach (le miroir de la faille) :
C’est là que les jeux pervers sont les plus dangereux, car ils activent les failles personnelles du coach, le rendant vulnérable. Le coach ressent des émotions et des sensations inhabituelles et persistantes.
- Sentiment de Confusion et d’Épuisement : Le coach se sent constamment confus, incapable de comprendre la situation, mentalement épuisé après les séances, comme si son énergie était drainée.
- Question à se poser : « Pourquoi suis-je si fatigué et perplexe après cette séance, alors que ce n’est pas un sujet lourd ? »
- Doute de Soi et Perte de Confiance : Le coach commence à douter de ses compétences, de son intuition, de sa légitimité, même s’il a une solide expérience. Il a l’impression d’être « nul » ou de ne pas y arriver avec ce client.
- Question à se poser : « Suis-je vraiment un bon coach si je ne parviens pas à aider ce client ? »
- Frustration Intense et Répétée : Le coach ressent une frustration persistante et disproportionnée face à la non-progression du client, malgré ses efforts.
- Question à se poser : « Pourquoi suis-je si énervé ou exaspéré par ce client, alors que ce n’est pas mon rôle ? »
- Sentiment de Culpabilité ou de Pression : Le coach se sent constamment coupable de ne pas en faire assez, ou sous une pression intense de la part du client, même si cette pression n’est pas clairement exprimée verbalement.
- Question à se poser : « Pourquoi est-ce que je ressens ce poids sur mes épaules, comme si je devais tout résoudre pour ce client ? »
- Obsession et Rumination : Le coach rumine excessivement sur le cas de ce client en dehors des séances, cherchant désespérément une solution, se sentant envahi par cette relation.
- Question à se poser : « Pourquoi ce client occupe-t-il toutes mes pensées, même quand je ne travaille pas ? »
- Difficulté à Poser des Limites ou à Mettre Fin à la Relation : Le coach se sent paralysé à l’idée de confronter le client, de poser des limites fermes, ou d’envisager la fin de la relation, malgré les signaux d’alerte. C’est souvent lié à une faille personnelle (peur de l’abandon, du conflit, du jugement).
- Question à se poser : « Pourquoi est-ce si difficile pour moi de dire non ou de mettre fin à ce coaching, alors que je sens que ça ne fonctionne pas ? »
L’Urgence de l’Action
La détection de ces signaux faibles est la première étape. Si plusieurs de ces indicateurs sont présents, il est impératif pour le coach de ne pas rester seul. Ces jeux relationnels pervers ne peuvent pas être gérés par la seule volonté ou la compétence technique du coach, car ils touchent à des niveaux inconscients et à des failles personnelles profondes.
C’est à ce stade que la supervision systémique devient non seulement recommandée, mais absolument vitale. Un superviseur expérimenté pourra aider le coach à :
- Mettre des mots sur ces signaux et les dynamiques perverses.
- Identifier précisément les failles personnelles du coach qui sont activées.
- Retrouver sa posture professionnelle et son objectivité.
- Développer des stratégies claires et éthiques pour protéger le coach et le cadre de coaching, pouvant aller jusqu’à la décision de réorienter ou d’arrêter l’accompagnement si la relation s’avère toxique.
Ignorer ces signaux faibles, c’est s’exposer à un épuisement professionnel sévère, à une perte de sens profonde, et à compromettre l’intégrité de sa pratique. Un coach n’est pas un thérapeute, et il ne peut ni ne doit se laisser entraîner dans des dynamiques qui relèvent de la pathologie relationnelle. La vigilance et le recours à la supervision sont les garants de son bien-être et de l’éthique de sa profession.







