Introduction
Il arrive souvent qu’entre un client et son coach des transferts aient lieu à leur insu. Ces phénomènes inconscients peuvent influencer profondément la dynamique de l’accompagnement, créant parfois des impasses ou des répétitions qui échappent à la conscience du praticien. Dans cet article, je vais mettre en parallèle deux séances : une séance de coaching avec le client, puis la séance du coach avec son superviseur. Nous verrons les échos entre les deux séances, ainsi que les déductions que pourra en faire le coach pour préparer sa prochaine séance de coaching avec son client suite à cette supervision.
La séance de coaching : quand l’empathie devient prison
Le contexte
Marie, coach certifiée depuis trois ans, accueille Thomas pour leur quatrième séance. Dès qu’il franchit le seuil de son bureau, elle ressent cette sensation familière et désagréable : une lourdeur qui s’installe dans sa poitrine, comme si l’air se raréfiait. Thomas, cadre supérieur dans une multinationale, traverse une période difficile marquée par un burn-out récent et des conflits récurrents avec sa hiérarchie.
L’installation de la dynamique
« Je ne sais plus quoi faire, Marie », commence Thomas en s’affaissant dans le fauteuil. Sa voix porte une lassitude profonde qui semble immédiatement contaminer l’atmosphère. « Tout ce qu’on a travaillé ensemble ne sert à rien. Je retombe toujours dans les mêmes schémas. »
Marie sent ses épaules se crisper. Elle qui d’habitude déborde d’énergie et d’idées se trouve étrangement démunie. « Pouvez-vous me dire ce qui s’est passé cette semaine ? » demande-t-elle, mais sa voix manque de sa conviction habituelle.
Thomas se lance alors dans un récit détaillé de ses difficultés, énumérant chaque obstacle, chaque échec, chaque incompréhension. Il parle de sa fatigue chronique, de son sentiment d’impuissance face à un système qui le broie, de sa culpabilité envers sa famille qu’il néglige. Plus il parle, plus Marie se sent aspirée dans ce tourbillon de négativité.
La spirale émotionnelle
Au fil des minutes, Marie constate avec inquiétude qu’elle perd pied. Habituellement capable de maintenir une distance thérapeutique bienveillante, elle se retrouve littéralement submergée par les émotions de Thomas. Elle ressent dans son corps la fatigue qu’il décrit, l’angoisse qui l’étreint, le désespoir qui l’habite.
« J’ai l’impression que personne ne me comprend », poursuit Thomas. « Même vous, parfois j’ai l’impression que vous ne mesurez pas à quel point c’est difficile. »
Cette phrase frappe Marie comme un coup de poing. Elle qui met habituellement tout en œuvre pour créer un espace sécurisant se sent soudain accusée, jugée insuffisante. Une part d’elle veut se défendre, expliquer tout ce qu’elle fait pour l’aider, mais elle reste silencieuse, paralysée par un sentiment de culpabilité qu’elle ne comprend pas.
L’enlisement
La séance se poursuit dans cette atmosphère pesante. Marie multiplie les questions, propose des outils, suggère des exercices, mais rien ne semble porter. Thomas accueille chaque proposition avec scepticisme, expliquant pourquoi cela ne fonctionnera pas dans son cas particulier. Plus Marie s’efforce d’aider, plus elle se sent impuissante.
« Vous savez, Marie, je commence à me demander si le coaching peut vraiment m’aider », lâche Thomas vers la fin de la séance. « Peut-être que mon cas est désespéré. »
Ces mots résonnent douloureusement chez Marie. Elle qui a toujours cru en sa capacité à accompagner ses clients vers le changement se retrouve face à ses propres doutes. Elle termine la séance avec une sensation d’échec cuisant, épuisée comme si elle avait couru un marathon.
La résonance corporelle
En raccompagnant Thomas, Marie remarque que sa démarche s’est alourdie, que ses gestes manquent de fluidité. Elle porte littéralement le poids des difficultés de son client. Une fois seule, elle s’effondre dans son fauteuil, vidée de toute énergie. Elle réalise qu’après chaque séance avec Thomas, elle a besoin de plusieurs heures pour retrouver son équilibre.
Cette prise de conscience la trouble profondément. Elle qui se définit comme une coach énergique et positive se retrouve régulièrement plombée par ces rencontres. Elle commence à redouter ces séances, tout en culpabilisant de ce sentiment qu’elle juge peu professionnel.
Les questionnements
Dans les jours qui suivent, Marie ne parvient pas à chasser Thomas de ses pensées. Elle se surprend à ruminer ses problèmes, à chercher des solutions même en dehors des séances. Elle dort mal, rêve de situations de travail oppressantes qui ne sont pas les siennes. Cette intrusion psychique la déstabilise et questionne sa pratique professionnelle.
Elle se demande si elle n’est pas trop impliquée émotionnellement, si sa sensibilité naturelle ne devient pas un handicap dans l’exercice de son métier. Elle oscille entre le sentiment d’être une coach incompétente et celui d’être face à un client « impossible ». Cette polarisation l’épuise davantage et nourrit un cercle vicieux qu’elle ne parvient pas à briser seule.
grâce à la supervision !
La séance de supervision : la reproduction inconsciente
L’arrivée chez le superviseur
Deux jours après cette séance difficile, Marie se rend chez Pierre, son superviseur. Elle entre dans son bureau avec la même démarche lourde que Thomas avait adoptée. Sans s’en rendre compte, elle reproduit les gestes de son client : elle s’affaisse dans le fauteuil, pousse un long soupir et commence par une phrase quasi identique.
« Je ne sais plus quoi faire, Pierre. J’ai l’impression que tout ce que j’ai appris ne sert à rien avec ce client. »
Pierre, superviseur expérimenté, note immédiatement ce parallèle mais ne l’interrompt pas. Il observe cette Marie habituellement dynamique qui semble porter le monde sur ses épaules.
La contamination du superviseur
Marie se lance alors dans le récit détaillé de ses difficultés avec Thomas. Elle décrit son sentiment d’impuissance, sa fatigue, son découragement. Plus elle parle, plus Pierre ressent une sensation familière : celle d’être aspiré dans un tourbillon émotionnel qui ne lui appartient pas.
« J’ai l’impression de ne plus être une bonne coach », confie Marie. « Avec lui, tous mes outils semblent inadéquats. Je me sens complètement démunie. »
Pierre observe que lui aussi commence à ressentir une lourdeur inhabituelle. Il note que Marie, contrairement à son habitude, ne le regarde pas en parlant, fixant un point au sol comme si elle portait une faute. Cette posture lui rappelle quelque chose, mais il ne parvient pas encore à identifier quoi.
La reconnaissance du pattern
« Marie », interrompt doucement Pierre, « j’aimerais que vous me parliez de votre position dans ce fauteuil, de ce que vous ressentez dans votre corps en ce moment. »
Marie lève les yeux, surprise par cette question. « Je… je me sens lourde, fatiguée. Comme si j’avais couru un marathon. » Elle réalise soudain qu’elle reproduit exactement la posture de Thomas.
« Et moi », poursuit Pierre, « je ressens quelque chose d’inhabituel. Une forme de… découragement qui n’est pas le mien. Comme si votre récit m’épuisait. »
Cette observation fait l’effet d’un électrochoc chez Marie. « C’est exactement ce que je ressens avec Thomas ! » s’exclame-t-elle en se redressant légèrement.
L’exploration systémique
Pierre saisit cette ouverture pour approfondir l’exploration. « Racontez-moi comment Thomas entre dans votre bureau, comment il s’installe, quels sont ses premiers mots. »
Marie décrit avec précision la scène, prenant conscience des similitudes troublantes avec sa propre entrée chez Pierre. Le superviseur l’accompagne dans cette découverte sans jugement, explorant avec elle les mécanismes de cette transmission émotionnelle.
« Qu’est-ce que Thomas attend de vous exactement ? » questionne Pierre. « Au-delà de ses demandes explicites, quelle semble être sa demande profonde ? »
Marie réfléchit. « J’ai l’impression qu’il veut que je le porte, que je prenne en charge sa souffrance. Comme si… comme si je devais le sauver de sa situation. »
« Et vous, que ressentez-vous face à cette demande implicite ? »
« Une pression énorme. Le sentiment que si je n’y arrive pas, c’est que je suis incompétente. Et en même temps, une forme de colère que j’ose à peine m’avouer. »
La vérification des limites
Pierre pousse alors l’exploration plus loin. « Marie, jusqu’où êtes-vous prête à aller dans cet accompagnement ? Quelles sont vos limites ? »
Cette question déstabilise Marie. Elle réalise qu’elle n’a jamais clairement défini ce qu’elle pouvait et ne pouvait pas faire pour Thomas. « Je… je ne sais pas. J’ai l’impression que je dois tout faire pour l’aider. »
« Tout faire », répète Pierre. « Y compris porter sa souffrance à sa place ? »
Le silence qui suit est éloquent. Marie comprend qu’elle s’est laissé entraîner dans une dynamique de sauvetage qui dépasse largement son rôle de coach.
La modélisation
Pierre utilise alors cette prise de conscience pour modéliser une approche différente. « Marie, si je vous disais maintenant que votre rôle n’est pas de porter la souffrance de Thomas, mais de l’accompagner à la porter lui-même, qu’est-ce que cela changerait ? »
Cette reformulation libère quelque chose chez Marie. Elle se redresse, son regard s’éclaircit. « Cela changerait tout. Je n’aurais plus à me sentir responsable de sa guérison. »
Pierre poursuit : « Et concrètement, comment pourriez-vous repositionner votre accompagnement dans cette perspective ? »
Ensemble, ils explorent les moyens pratiques de redéfinir le cadre de l’accompagnement, de clarifier les responsabilités de chacun, de créer une distance thérapeutique bienveillante mais ferme.
L’analyse des échos systémiques : les tours de main de la supervision
La révélation des patterns inconscients
L’analyse de ces deux séances révèle un phénomène systémique fascinant : Marie a inconsciemment reproduit avec son superviseur la dynamique exacte que Thomas avait instaurée avec elle. Cette répétition n’est pas un hasard, elle constitue un mécanisme de défense psychique qui permet au coach de déposer ailleurs ce qu’il ne parvient pas à métaboliser seul.
Pierre, par son observation fine et sa capacité à mettre en mots ce qui se jouait, a permis à Marie de prendre conscience de cette dynamique. En nommant ce qu’il ressentait en tant que superviseur, il a donné à Marie les clés pour comprendre ce qui se passait avec Thomas. Cette mise en abyme constitue l’essence même de la supervision systémique : utiliser les échos relationnels comme outil de compréhension et de transformation.
Les bénéfices de la prise de conscience
Cette révélation a produit des effets immédiats chez Marie. Comprendre qu’elle reproduisait un pattern lui a permis de sortir de la culpabilité et de l’épuisement. Elle a pu identifier que sa difficulté ne venait pas d’une incompétence professionnelle, mais d’une confusion des rôles alimentée par sa propre histoire personnelle et sa tendance au sauvetage.
Le superviseur a également modélisé une façon différente d’être en relation : en posant des limites claires, en refusant de porter à la place de Marie, il lui a montré concrètement comment elle pourrait procéder avec Thomas. Cette modélisation in vivo constitue l’un des outils les plus puissants de la supervision.
La transformation de la pratique
Fort de cette compréhension, Marie a pu préparer sa séance suivante avec Thomas de manière radicalement différente. Elle a redéfini son cadre d’intervention, clarifié ses limites et préparé des stratégies concrètes pour éviter de retomber dans la dynamique de sauvetage.
Lors de leur rencontre suivante, Marie a pu accueillir Thomas différemment. Quand il a commencé à s’installer dans sa posture habituelle de victime, elle a immédiatement identifié le pattern et a su y répondre autrement. Au lieu de se laisser contaminer par son découragement, elle l’a confronté avec bienveillance à sa responsabilité personnelle.
Cette nouvelle posture a créé un électrochoc chez Thomas. Privé de sa coach-sauveteuse habituelle, il a été contraint de puiser dans ses propres ressources. Ce changement de dynamique a marqué un tournant décisif dans leur accompagnement, Thomas retrouvant progressivement sa capacité d’action et Marie sa joie de coacher.
L’enrichissement de la relation thérapeutique
La supervision systémique a ainsi permis non seulement de débloquer une situation d’impasse, mais aussi d’enrichir considérablement la relation d’accompagnement. Marie a appris à utiliser sa sensibilité comme un radar relationnel plutôt que comme une éponge émotionnelle. Elle a développé une capacité à identifier rapidement les dynamiques dysfonctionnelles et à y répondre de manière ajustée.
Thomas, de son côté, a bénéficié indirectement de cette évolution. Il a retrouvé un coach présent mais non fusionnel, bienveillant mais exigeant, capable de l’accompagner vers l’autonomie plutôt que vers la dépendance. Cette nouvelle dynamique lui a permis de reprendre confiance en ses capacités et de sortir progressivement de sa position de victime.
Vous ressentez des échos similaires dans votre pratique ?
Si vous vous reconnaissez dans l’expérience de Marie, si vous ressentez parfois cette fatigue inexpliquée après certaines séances, si vous avez l’impression de porter vos clients plutôt que de les accompagner, la supervision systémique peut transformer votre pratique.
Contactez-moi dès aujourd’hui pour découvrir comment la supervision systémique peut transformer votre pratique et enrichir votre accompagnement de vos clients.
Si vous ressentez le besoin d’un espace pour déposer, clarifier ou approfondir ce qui se joue dans vos séances de coaching, la supervision systémique est certainement un atout précieux pour vous.
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Ne restez pas seul face à ces défis professionnels. La supervision systémique vous offre les clés pour transformer les difficultés en opportunités d’apprentissage et d’évolution.
Quelques clés pour faire face à un contamination émotionnelle systémique
Il est tout à fait compréhensible qu’une coach hypersensible et empathique ressente cet épuisement, voire cette « vampirisation émotionnelle », face à certains coachés. Cette impression de « porter » l’autre est un signe clair que les frontières énergétiques ont besoin d’être réajustées. Loin d’être un aveu de faiblesse, c’est une indication précieuse qu’il est temps de renforcer ses propres mécanismes de protection et de régulation.
Mettre en place des stratégies de « prise de terre »
Pour contrer ce phénomène, il est crucial que la coach développe une « prise de terre » robuste, un concept magnifiquement modélisé par Paul Devaux dans le coaching de l’énergie. À l’instar d’un système électrique où la terre permet de décharger les surtensions et d’éviter les court-circuits, la coach a besoin d’un ancrage qui lui permet de délester les émotions et les énergies lourdes qu’elle pourrait inconsciemment absorber de son coaché.
Voici quelques pistes concrètes pour y parvenir :
- Préparation et intentionnalité avant la séance : Avant chaque coaching, la coach peut prendre quelques minutes pour se centrer, se visualiser ancrée profondément dans le sol. Elle peut fixer l’intention claire de rester dans son propre espace énergétique, en étant présente et à l’écoute, mais sans prendre à sa charge les émotions du coaché. Des respirations profondes et conscientes sont un excellent moyen d’y parvenir.
- Techniques d’ancrage pendant la séance : Discrètement, la coach peut maintenir son ancrage pendant la séance. Cela peut passer par une conscience de sa posture, les pieds bien à plat au sol, ou une visualisation continue de racines qui partent de ses pieds et s’enfoncent dans la terre. L’idée est de créer un canal par lequel les énergies non désirées peuvent être évacuées.
- Rituel de « nettoyage » post-séance : Après chaque séance, il est essentiel de « couper les liens » énergétiques. Cela ne signifie pas se désengager du coaché, mais simplement se défaire des émotions et des énergies qui ne lui appartiennent pas. Un simple geste de balayage des mains le long du corps, une courte méditation de décharge, ou même une visualisation où l’on se voit se libérer de toute charge superflue, peuvent être très efficaces.
- Prendre soin de son propre « réservoir » énergétique : Une coach hypersensible a d’autant plus besoin de recharger ses batteries. S’assurer d’avoir un sommeil suffisant, une alimentation équilibrée, des moments de déconnexion et de ressourcement (nature, activités créatives, méditation, sport) est non négociable pour maintenir un niveau d’énergie optimal et ne pas être en position de « faiblesse » face à l’absorption émotionnelle.
- Développer des limites claires : Au-delà des techniques énergétiques, la coach peut aussi revoir la structure de ses séances. S’agit-il d’un manque de clarté sur les objectifs du coaching ? Le coaché est-il trop dépendant de la coach ? Redéfinir le cadre et les attentes peut aider à mieux distribuer la responsabilité et à éviter que la coach ne devienne un « soutien » émotionnel au détriment de l’accompagnement vers l’autonomie du coaché.
En intégrant ces pratiques de « prise de terre » et en cultivant un enracinement solide, la coach pourra non seulement préserver son énergie, mais aussi offrir un accompagnement plus juste et efficace, en créant un espace où le coaché peut se développer sans que la coach ne se sente drainée. C’est en prenant soin d’elle qu’elle pourra continuer à donner le meilleur d’elle-même.







